Projet irréalisable à l’époque de NTM à cause d’une carence de rappeurs, encore moins réalisable il y a 10 ans à cause d’un manque de “confiance” entre rappeurs, Sofiane a réussi son pari impossible. Le label Affranchis Music en licence chez Capitol est à la base de projet. Dirigé d’une main de fer par Fianso lui même, et loin d’être le joujou du rappeur, la structure compte par exemple le très “bankable” Soolking parmi ses membres. Et désormais, il a une une petite renommé dans la francophonie avec le projet 93 Empire. L’album imaginé par Sofiane est censé représenter l’ensemble du 93. Bien entendu, tout le monde n’a pas pu “passé chez So”, le rap indépendant est quasi-absent du grand projet même si on compte la participation du GS Clan connu de beaucoup d‘insiders et de Bakhaw. Mais à la décharge du rappeur qui n’hésite jamais à donner de la force aux artistes en développement et même aux “petits”, la plupart des projets de ce genre qui l’ont précédé des grandes compilations “Première Classe” jusqu’au compil’ “Hostile”, personne n’a jamais réussi à contenter tout le monde en faisant apparaître tout l’éventail du Rap. 93 Empire est clairement le blockbuster du département avec les plus plus grosses têtes de la terre mère du Hip Hop depuis les fondateurs NTM, en passant par les leaders So et RisKa jusqu’au petit dernier Remy, et les indés du GS Clan. 

L’album commence sur l’immense titre “Empire” interprété par Kaaris et Sofiane, les deux têtes légendaire du 93. Si Kaaris et Sofiane ont quelque peu poli leurs discours depuis leur signature respective en maisons de disque laissant transparaître un rap plus ouvert pour le premier qui flirte avec les sons afro-ambiancant et plus mainstream pour le second avec sa trilogie “Tout le monde s’en fout” (Dis Leur – Tout le monde s’en fout – Poto), le ton a radicalement changé. Le single “Empire” produit Dias est de l’énervement en bouteille. Un rap radicale et cru comme le 93 l’a connu depuis les débuts téméraires du groupe NTM qui pour sa part a du faire face plusieurs fois à la censure. Les deux rappeurs sont comme à leurs débuts enchaînant des punchlines cruels avec un flow plus proche du cris et de la vanne que du chant. L’Empire dans le 93 a commencé par la rage.

Après le gros Posse Cut “Woah” sur lequel posent les principaux rappeurs ayant participé au projet, on retrouve quelques éléments qui nous font comprendre que le Rap Game a évolué et qu’il n’est plus comme à ses débuts. C’est tout d’abord le titre “Appolonia” featuring extraordinaire entre le crooner Dajdu et le rappeur Sofiane qui vient jeter un pavé dans la marre. Composé par Zeg P avec quelques notes de piano et un beat tirant sur le son latino, le titre chanté par Dadju et rappé par Fianso est une déclaration pour “La Femme du Boss”. Appolinia est la preuve même que le 93, le Rap ne cherche plus à faire peur, il impressionne autrement. Plus loin c’est un triptyque entre Lartiste (le crooner de Bondy), Kaaris, et Fianso qui vient montrer une autre face du 9.3. Plus énervé que le titre avec Dadju, le single composé par Diaas dans son style très piano-trap est purement égotrip. Si Kaaris et Sofiane se donnent la réplique dans un égotrip adressé à leurs ascendants avec des punchlines dignes de leur rang, Lartiste arrive sur un refrain autotuné qui reste “gansta” loin de ses hits “Mafiosa” et “Chocolat”. Le 93 Empire n’est pas une réunion idiote d’artistes venus faire leur promotion, il s’agit de titres réfléchis à plusieurs dans lesquels chacun s’adapte à l’autre.

Le titre suivant “La Maille” qui réunit Kalash Criminel, Remy et Hornet La Frappe met en avant la belle scène montante du 93. Avec des styles radicalement opposé, le old schooler Remy, le sauvage Kalash Criminel et le Hit Man Hornet rendent une copie très propre entre Trap et refrain autotuné sur une production instrumentale de l’éternel Dias. Un album sur le 93 ne serait pas ce qu’il est sans la participation du groupe légendaire NTM. Le clip de la collaboration sur une mélodie de Dias est sortie avant le projet. Il marque le passage de flambeau entre les fondateurs les générations qui les ont suivi. C’est dans cette douleur, dans cette rage, avec ce talent, avec cette diversité, que le 93 est peut être redevenu la terre du hip hop après l’avoir vu naître.

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