Colombine naît dans un Rennes post-sarkozyste d’un immense malentendu. C’est au lycée de Brequigny  dans une classe très spéciale de cinéma que le groupe se forme dans une demi douzaine de litres de sang. Lorenzo, Foda C, Lujipeka et les autres se reconnaissent dans cette génération sacrifiée à Colombine (fusillade dans un lycée américain) que le cinéaste Gus Van Sant a immortalisé dans son film lauréat à Cannes “Elephant”. Orelsan avait vu juste lorsqu’il annonçait quelques années auparavant dans son titre “Plus rien ne m’étonne” : “Bientôt il y a aura des carrés Vip dans les lycées”. Ce carré de passionnés de musique et de cinéma donnera naissance à un groupe d’avant garde et à un artiste fabuleux Lorenzo. Second degré ou pas, le collectif prend le Rap à contre pied en se dressant contre une réalité ancrée dans l’ADN du mouvement Hip-Hop, le Rap ne passe pas forcément par le ghetto, c’est avant tout une question de mentalité. Les membres du collectif sont issus d’un milieu ordinaire, ils ne viennent pas tous forcément d’une cité, et font preuve d’une bonne dose de créativité. Quelques mois seulement après que Lorenzo ait hurlé au monde qu’il n’en avait “Rien à Branler” dans un album éponyme plein de second degré, son ancien collectif Colombine sort “Adieu Bientôt” avec Foda C et Lujipeka en tête.

La pochette en dit long sur l’opus. Deux enfants blonds, plein de joie, portant gaiement une arme à feu et un oiseau prêt à se faire déchiqueter. Comme dans le film de Gus Van Sant, où un “Nerd” décide d’abattre une vengeance absurde en exécutant méthodiquement les membres de son lycée comme dans un “doom like”(expression ancienne), la pochette de réalisé par Jean Pierre Vial est gênante. Car elle met en scène la vie (les enfants) et la mort (l’arme), la symbiose de ces deux éléments antagonistes est insupportable pour tous.

Dans le monde de Colombine, il y a des histoires de filles, du gaming et surtout beaucoup de désenchantement. Rappelez qu’il y a encore quelques année, Lorie glorifiait “sa meilleure amie”. Les bons sentiments, les bonnes paroles, et les bons concepts ne les cherchez pas ici. Colombine est le fruit d’une époque cynique qui ne cherche qu’à vivre : “je suis détestable je suis l’autoportrait de la planète” (Adieu Bientôt/Adieu Bientôt).  Le titre “Adieu Bientôt” produit Seezy ressemble à une terrible comptine pour enfants désabusés. Composé avec des sons qui pourraient sortir d’un jouet  tournant, les lyrics sont cruels. Foda C et son compère semble perdu dans un monde qui les absorbe mais qu’ils veulent quitter à tout prix : “je raconte des histoires qui font peur / Mon futur dans un incendie” et “Idées noires dans le brouillard”. Le titre “Bart Simpson” produit par Seezy et composé par Savane est du même acabit. Un sample porté par une série d’arpège à la guitare très rock’n’roll des 70′ et des paroles qui méprisent cette recherche inlassable de visibilité pour certains artistes :  “Des Flashs par centaines / je finirais par m’en plaindre”. Car ils sont “tous les soirs sur la scène du crime en plein concert”.

Le titre “Borderline” est particulièrement intéressant puisqu’on y retrouve Junior alprod qui a déjà pas mal sévi sur l’album de PLK. Un son branché année 80 au niveau du sample avec des synthé pour un rendu très planant, très clouds. Lujipeka raconte une histoire d’amour désastreuse. Moins pitre qu’un certain Orelsan précurseur du Troll Rap avec le Klub des Loosers en matière de looser trip, le rappeur pique avec des punchline corrosives : “aurore boréale a peur du noir comme si ce monde n’était pas fait pour moi”. Il n’hésite pas à chanter, il n’hésite à revoir les codes du Hip Hop qui réclame une bonne dose de testostérone et un peu de mauvaise volonté. Dans “Teen Spirit” le groupe revoit et corrige le titre de Nirvana “Smell like a teen spirit” auquel Gus Van Sant a d’ailleurs consacré un film dans “Last Days”.

Autre grosse dédicace des membres du groupe cinéphile rappelons le. C’est le titre “Virgin Suicide” éponyme du premier film de Sofia Coppola qui raconte l’histoire de plusieurs sœurs prises en otages par une famille puritaine. Produit par Samuel Taieb le groupe est plein de référence au cinéma avec des occurrences à Mustang ou encore le désormais célèbre Sin City. C’est une déclaration d’amour au cinéma et aussi à des une bande de nanas perdue malgré elles entre deux époques.

Si Lorenzo avec son cynisme abat de la main droite et utilise de la main gauche les clichés et les codes du Rap français, Colombine devenu duo entre Foda C et Lujipeka les renie complètement. Après quelques jours d’exploitation, le groupe a déjà écoulé plus de 19 000 exemplaires de son nouvel opus. Si les sites de Rap font la sourde oreille. Colombine a réussi à faire du rap sans égo trip et sans trop de clichés. Certains diront que le Rap est mort, d’autre penseront que le Rap n’appartient à pas à nos pères (Dr Dre).

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