Hasard du calendrier : Welcome To Derry et la dernière saison de Stranger Things sortent presque en même temps. La nouvelle série de HBO, Welcome To Derry, nous plonge dans la terrible ville américaine des années 60, en pleine guerre froide. Inspirée de l’œuvre de Stephen King, la série est censée expliquer les origines de Ça, le clown qui a terrifié des générations d’enfants n’ayant pas respecté l’interdit aux moins de 12 ans de la plupart des adaptations. Avant les récents longs-métrages, une première série de trois téléfilms avait été diffusée dans les années 90, avec un final d’ailleurs quelque peu absurde. La série est showrunnée par Andy Muschietti, Barbara Muschietti et Jason Fuchs, déjà aux commandes des deux films les plus récents.
Welcome to Derry : les séries aussi surexploitent des idées !
HBO a longtemps été le lieu sacré de la série. C’est sur HBO qu’est née la série contemporaine avec Oz de Tom Fontana, ou encore The Wire de David Simon, des œuvres où le showrunner occupe une place centrale. C’est aussi sur HBO que des séries légendaires comme The Sopranos ou Six Feet Under ont été diffusées. Même l’évolution vers la superproduction avec Game of Thrones vient de cette chaîne. Mais comme Le Seigneur des Anneaux, décliné en série sur Amazon Prime, ou Dune avec Dune: Prophecy, Welcome To Derry s’inscrit dans une forme de facilité. Au lieu de chercher un nouveau concept, les créateurs du long-métrage ont opté pour un préquel en série. Au-delà du déclin de HBO, cette tendance à surexploiter un thème ou un personnage est aussi le signe que le genre sériel, en devenant une industrie, a désormais les mêmes qualités et les mêmes défauts que les superproductions.
Mais tout n’est pas à jeter dans Welcome to Derry !
Welcome To Derry : le tableau d’une petite ville américaine des années 60
C’est peut-être la plus grande réussite de Welcome To Derry : sa représentation — parfois un peu grossière, il est vrai — d’une petite ville américaine dans les années 60. Petit rappel historique : la guerre froide fait rage, et le combat pour les droits civiques est loin d’être terminé. Il ne l’est même toujours pas aujourd’hui. Les premiers méfaits de Pennywise sont attribués presque automatiquement à un membre de la communauté afro-américaine, qui sera accusé tout au long de la série. Pennywise fait ressortir le pire de chacun — et pas seulement le racisme. On y trouve aussi une critique plus générale de la violence, notamment celle faite aux enfants dès les premiers instants de la série, à travers l’histoire de Matty. De là à penser que Pennywise est une allégorie de la violence, il n’y a qu’un pas.
La société des années 60 est bien transposée, même si la critique sociale frôle parfois l’innocence pour une série HBO, loin de la force brute d’un The Wire ou d’un Treme. Mais c’est un parti pris : la série vise le mainstream, ce qui reflète aussi l’évolution de HBO.
Les acteurs de Welcome to Derry
Les acteurs apportent à la série une réelle densité dramatique grâce à leurs parcours variés. Jovan Adepo, révélé dans Watchmen et The Leftovers, incarne avec intensité un père de famille confronté aux mystères de Derry. À ses côtés, Taylour Paige, vue dans Zola et Ma Rainey’s Black Bottom, offre une émotion forte et une présence très réaliste. Chris Chalk, habitué aux rôles complexes dans Gotham ou Perry Mason, enrichit l’univers avec un jeu subtil et nuancé. Quant à Bill Skarsgård, il reprend son rôle iconique de Pennywise, confirmant une nouvelle fois son statut d’acteur majeur du genre horrifique. Ensemble, ils forment un casting solide, crédible et parfaitement adapté à l’atmosphère sombre et inquiétante de l’univers de Stephen King.
Welcome To Derry : l’éternel recommencement
Alors qu’on attend le nouveau préquel de Game of Thrones avec A Knight of the Seven Kingdoms et la nouvelle saison de House of the Dragon, et que certains fans réclament peut-être une série sur Freddy Krueger, on a l’impression que, depuis que l’argent et le grand public se sont emparés du format, la série télévisée est devenue un éternel recommencement. Entre les préquels, les spin-offs, et les séries ultra-réchauffées comme Ozark, qui reprend la dynamique de Breaking Bad, ou ces histoires qui se ressemblent toutes, le genre — autrefois surprenant de créativité — s’enferme comme les superproductions américaines dans un cycle répétitif. C’est la loi du marché.


