Il fait partie de ces artistes rares capables de transformer leurs blessures en littérature urbaine. Depuis ses débuts chez Y&W, Guizmo s’est imposé comme l’un des derniers grands paroliers du rap français encore en activité. Derrière son débit millimétré et son écriture à vif, le rappeur a toujours laissé transparaître une sincérité presque dérangeante. Chez lui, les cicatrices personnelles deviennent des récits universels. Ses morceaux ressemblent souvent à des fragments de vie jetés sur instrumentale, avec cette impression troublante qu’il observe son propre chaos depuis l’extérieur. Comme si le rappeur avait fini par se détacher de son propre décor pour mieux en raconter les fissures.
Surnommé le « Renard », Guizmo prépare actuellement son nouveau projet intitulé « La Tanière ». Pour ce retour, l’artiste s’entoure d’une génération capable de traverser plusieurs époques du rap français : Freeze Corleone, Soprano et La Fouine figurent notamment au casting. Une manière pour le rappeur de confirmer qu’il reste connecté à toutes les facettes du paysage rap actuel, sans jamais perdre son identité première.
Pour amorcer cette nouvelle étape, Guizmo dévoile aujourd’hui son featuring avec Soprano. Derrière les immenses succès populaires du Marseillais se cache toujours ce besoin presque instinctif de revenir au rap pur. Ici, pas de formule radio calibrée : les deux artistes livrent un morceau à l’ancienne, brut et mélancolique, qui rappelle immédiatement l’époque où Soprano faisait vibrer les quartiers avec « La Vengeance aux deux visages » aux côtés de Alonzo et Vinz dans la mythique Psy4 de la Rime.
Si beaucoup regardent aujourd’hui la trajectoire de Soprano comme un modèle de réussite commerciale, l’artiste marseillais n’a pourtant jamais totalement coupé le lien avec ses racines rap. Ces dernières années encore, il l’a prouvé avec des titres plus rugueux comme « Sous le soleil » avec 13 Organisé, ou plus introspectifs comme « Miroir » avec La Fouine. À ce stade de sa carrière, Soprano semble surtout animé par une seule chose : faire la musique qu’il a envie de faire, sans avoir quoi que ce soit à prouver.
Guizmo et Soprano te parlent de la « Vida » !
La composition instrumentale du morceau est signée Lil Ben. Le beatmaker s’était révélé dès les débuts de Naps avec le morceau « Pochon bleu », avant de multiplier les collaborations marquantes avec Ninho sur « Jusqu’à Minuit », « Tout en Gucci » ou encore « Mauvais Djo ». Plus récemment, il produisait également « Lif » pour SCH. Fidèle à l’univers de Guizmo, l’instrumentale navigue entre mélancolie et sobriété, laissant toute la place aux textes et aux émotions. Quant à Soprano, il démontre une nouvelle fois sa capacité à évoluer dans des registres radicalement différents sans jamais perdre en crédibilité.
Soprano évoque ainsi son état d’esprit :
« Les voyous m’respectent car je m’suis jamais pris pour eux (bah ouais)
Les quartiers m’soutiennent car, l’vendredi, je prie pour eux (amin) »
De son côté, Guizmo, fidèle à son écriture à fleur de peau, revient sur des blessures profondément personnelles :
« Moi, j’me suis trop battu, faut surtout pas j’me casse la gueule
En moins d’un an, j’suis passé d’papa poule à papa seul »
Le visuel a été réalisé par Chris Macari, collaborateur historique et réalisateur emblématique de Booba. On lui doit plusieurs clips devenus cultes dans le paysage du rap français, parmi lesquels « 92i Veyron », « DKR », « Kalash », « Zoo », « Validée » ou encore « OKLM ». Fidèle à son esthétique, le réalisateur plonge ici les deux artistes dans une atmosphère froide et urbaine, entre noirceur mélancolique et réalisme brut.


