La Fouine : « Bénédictions » sera son dernier album !

Que penser de la carrière de La Fouine ? Des trentenaires désabusés le rap en compte plus d’un. La plupart des esthètes des années 90′ sont devenus passéistes, et rejettent avec force le rap des années 00′ et surtout le rap des années 10′. Il est indéniable que le rap a beaucoup changé. La poésie urbaine, les mots sur les maux , l’anonymat et le cri du peuple. L’apanage du Rap des 90′ a pratiquement disparu. Aujourd’hui comme le faisait remarquer Tiers Monde en Interview pour Cosmic Hip Hop, il n’y a pas un Rap mais il y a des Rap. Des restes de Rap conscient représentés surtout par la Ligue, une armée de gangsta rappeurs qui se sont lancés dans la Trap, quelques rappeurs clouds, et une bonne dose de rappeurs de clubs. Aujourd’hui il faut miser sur la simplicité et la forme pour avoir du succès. Booba qui commence sa carrière avec « Le Bitume avec une plume » et qui finit sur « Petite Fille » a bien compris que le public du Hip Hop n’est plus le même.

La Fouine débute sa carrière au moment de l’explosion du Rap en France. De mémoire son premier tube radiophonique devait être « Unité« . Dans ce morceau La Fouine tente de réconcilier les quartiers entre eux avec une dialectique bien connu des nôtres : il nous « divise pour mieux régner ». Il reprendra cette idée près de 15 ans plus tard dans le single « Tous les mêmes ». Entre engagement politique, et une volonté affichée de toucher tous les publics, La Fouine entre avec « Mes repères » dans le Top 3 des plus « gros » rappeurs français en termes de notoriété avec Booba et Rohff. Illustration parfaite des années 90′, les trois rappeurs sont très engagés politiquement malgré les apparences. Et derrière ce gangsta Rap de circonstance se cachent de véritable argument, le cri d’une minorité muette. Ce n’est pas un hasard si Akhénaton déclare dans « La Fin du Monde », il ont « caricaturé notre discours et l’on réduit à ouech ouech yo yo » . Mais le rappeur de Trappes est ambivalent, il dénonce à la fois le système et prospère grâce à lui. Ce sont les principaux arguments apportés par ses détracteurs. Il débute immédiatement sa carrière au cinéma avec le film « Banlieue 13 » produit par Luc Besson. Une carrière qui l’emmènera jusqu’au « Aladdin » de Kev Adams. Il devient même chroniqueur TV dans l’émission la plus mainstream du PAF « Touche pas à Mon Poste ». Autrement son discours est engagé artistiquement. Mais est ce vraiment un paradoxe ?

Non car comme le rappe Nasme dans « La Ballade des Indés », être indépendant, être rappeur, ne signifie pas être pauvre. Youssoupha dans « L’argent » évoquera également cette thématique. Pour sortir de la victimisation, pour ce réveil que Kery James appelle de ses vœux, il faudrait commencer par respecter ceux qui viennent des quartiers et qui ont porté très haut ses valeurs. Oui, la Fouine aujourd’hui est un personnage incontournable du paysage audiovisuel français. Mais qu’aurait du t-il faire ? Rester à l’écart s’enfermer dans une cave et rapper pour 30 personnes ? Il faut considérer le rappeur de Trappes comme un pionnier du Hip Hop français. Et même si il a pu réaliser quelques « soupes radiophoniques », le succès qu’il en a tiré lui a permis de porter bien loin un message dont il se fait le porte voix depuis plus de 20 ans. Et « Bénédictions » est sa lettre d’adieu.

Déjà avec son double album « Sombre« , Fouiny avait opéré un véritable retour aux sources. Dans le titre « Comme en 96 », il reprend l’instrumental qu’avait utilisé les gars d’ATK dans le titre « Qu’est ce que tu deviens ? ». Il reprend même le tube de Zoxea « Musique Rap Musique que j’aime ». On s’est longtemps demandé pourquoi La Fouine affectionnait tant ce retour au Boom Bap qui a vu naître le Rap français, on a la réponse maintenant. Dans « Bénédictions » et notamment avec le premier extrait qu’il a dévoilé « Premières fois », il réemploie le style de sa jeunesse. En réalité il vient d’annoncer il y a quelques heures seulement qu’il se retirait du Rap et qu’il s’agissait de son dernier album.

Alors on comprend mieux pourquoi Fouiny a voulu signer un dernier album old school comme pour faire un dernier cadeau à ses fans. On comprend mieux pourquoi il n’a invité que ses proches Sultan et Canardo sur l’album sur le titre « Narcos ». De « L’unité », à la fondation de « Banlieue Sale », jusqu’au titre « Première Fois », La Fouine revient sans amertume sur son vécu qui l’a complètement métamorphosé mais qui n’a pas détruit ses valeurs..

La boucle est désormais bouclé ! Chapeau l’artiste.

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