A la fin des années 90′, un groupe de jeunes mené par un certain Kim Chapiron et un certain Romain Gavras fondent Koutrajme. Difficile de définir ce collectif qui compte des dizaines de membres dont les plus éminents sont les deux fondateurs, mais aussi JR (le photographe un peu fou) et bien entendu la somptueuse Mai Lan. Ce collectif basé dans le XX ème arrondissement de Paris est proche de Mathieu Kassovitz, Vincent Kassel, mais également Oxmo Puccino et les sales gosses de TTC qui commencent déjà à faire parler d’eux avec le disque “Ceci n’est pas un disque”. Sur le plan cinématographique, Koutrajme part d’un principe divin mais incompréhensible “Fuck Le Scénar”. Le principe donnera lieu à la trilogie hilarante des “Frères Wanted” avec Vincent Kassel mais également “L’arabe Strait”, un court métrage très abstrait. Au delà de la portée conceptuelle, Kourtrajme part d’un rêve. La technologie numérique vient de débarquer dans les quartiers. Elle permet à beaucoup de passionnés dans le monde hip-hop retenus jusque là par le prix exorbitant de la pellicule cinématographique à partir à la conquête de la cinquième branche du mouvement Hip-Hop (caméra en main).

Kim Chapiron et Romain Gavras sont des habitués du vidéo clip. Le premier a par exemple réalisé le fameux “A L’Ammoniaque” de PNL qui continue à engranger des vues comme un Léviathan malsain, le chef d’oeuvre clip du second sera sans doute “No Church In The Wild” de Jay-Z et Kanye West extrait de l’album US de la décennie “Watch The Throne”. Kim Chapiron avec “Sheitan”, “Dog Pound” et “La Crème de la Crème” a déjà tenté de retranscrire l’esprit Hip-Hop dans le cinéma. Inégalement il faut l’avouer. Car c’est “Sheitan” avec Vincent Kassel qui se rapproche le plus de l’esprit Kourtrajme mais son format n’est pas adapté pour le cinéma même si la folie est là.

Son film “Dog Pound” sans doute le plus réussi n’a plus rien à voir avec Kourtrajme. Et son dernier long métrage “La Crème de La Crème” dans lequel il tente de s’établir dans une forme de “Trash” Cédric Klapich en se faisant le porte parole d’une jeunesse qui connaît moins bien que la sienne est trop proche du film français tel qu’on l’a connu pendant 10 ans. Kim Chapiron est un grand réalisateur mais le rêve de Koutrajme et d’une cinquième branche du mouvement hip-hop reste inachevé.

Alors que le mouvement Hip Hop atteint son point d’orgue, et que les clips de Hip-Hop sont de plus en plus scénarisés, Romain Gavras sort son deuxième long métrage “Le Monde est à toi”. Au programme, un casting à couper le souffle avec une étonnante Isabelle Adjani et un éternel Vincent Kassel qui aura soutenu jusqu’au bout. Le scénario assez banal pour un film de gangster est embelli par la force des personnages qui donnent une autre image du film. La base du scénario : un looser multirécidiviste doit faire un Go Fast pour un gangster Russe défoncé à la cocaïne pour réaliser ses rêves d’amour et de légalité. Mais autour de lui, il trouve un idiot obsédé par le complot iluminati, une mère totalement barrée et écrasante, une petite amie complètement michto, et deux caillera pas très doués. C’est avec le trait de caractère ce chacun de ses personnages que Romain Gavras brise en deux les clichés du film de quartier angélique ou du très ou trop sérieux film de Gangster qui fait peur. Il brise les tabous. Au niveau de la réalisation, on ne peut lui reprocher qu’une seule chose. A chaque fois, Romain Gavras enclenche un titre extrait de la bande originale, et il se met en mode “clip”, avec des images souvent fabuleuses. Une habitude de clippeur sans doute.

Pas très bien accueilli par la critique, pas trop mal non plus, Romain Gavras aura au moins réussi une chose, il s’extirpe de l’angélisme du film de cité, et quitte également le trou noir du film de gangster, et parachève peut être le rêve de Koutrajme, établir une cinquième branche Hip-Hop. Ce film est un coup d’essai pas un coup de maître mais il vaut certainement le détour.

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