Dans l’Algérie des années 90 du terrorisme religieux et du couvre-feu,  une génération après la guerre de la libération, Nedjma est une brillante étudiante et une couturière douée. La nuit, avec une de ses amies, Nedjma prend la mesure de sa jeunesse :

 Elle fait le mur, se maquille, fume et se rend en boite de nuit -en taxi- où elle vend ses robes à des algéroises aisées. Cela, aussi, grâce aux backchichs qu’elle donne au gardien de la cité universitaire qui pourrait être son père et qui fait l’aveugle lorsqu’elle sort et rentre au petit matin. 

Les étoiles de Nedjma sont son pays et cette vie qu’elle veut faire défiler par ses doigts dans ses robes. Mais l’avenir de Nedjma et de ses amies se coud de plus en plus dans la toile d’araignée grandissante de l’intégrisme religieux. 

Nedjma doit apprendre en grandissant que ce pays dans lequel elle a grandi est devenu, pour elle, un pays rêvé dont le seul succès véritable, c’est la tombe et le sang. Mais incapable de se laisser convertir par cette pénombre, elle s’oppose au renoncement. Contrairement à un Brad Pitt dans Ad Astra, Nedjma n’a pas d’autre planète où espérer se panser en compagnie d’un père éventuel. Même si, pour elle aussi, l’amour est une déroute. Patriote jusque-boutiste, Nedjma et ses amies sont menacées par celles et ceux qui s’estiment les plus purs et les plus justes tandis que d’autres, « justes » opportunistes, en profitent pour faire des affaires ou pour obtenir par la force ou le chantage ce que les lois de la paix réprouvent.

Le film  Papicha nous met devant les yeux ce « passé » de plus en plus présent pour lequel certains héros et martyrs sont prêts à mourir afin d’en faire notre futur et notre résidence principale. Ce n’est plus le rêve américain et mégalo dont le personnage de Tommy Lee Jones, dans Ad Astra, incarne l’impuissance devant la vie mais le rêve du suicide pour tous.

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