Avant d’aller voir Coming Out de Denis Parrot, sorti en salles le 1er Mai 2019, j’avais hésité avec d’autres réalisations telles que Dirty God de Sacha Polak ou Permaculture, la voie de l’autonomie de Carinne Coisman et Julien Lenoir. J’ai pour l’instant raté les séances de Un Havre de paix de Yona Rozenkier et de Le Chant de la Forêt de Joao Salaviza et Renée Nader Messora. J’avais pour moi d’avoir parlé récemment du film Conséquences de Darko Stante dans un de mes articles.


Conséquences est sorti ce mercredi 26 juin ( avant hier) et, à ce que je lis « par dessus l’épaule » ( sur sa page Facebook) d’une des attachées de presse que je connais, Jamila Ouzahir, le film bénéficie de bonnes critiques dans les média à droite à gauche.

Si l’homosexualité est abordée dans Conséquences, l’inspiration masochiste du héros, Andrej, m’a dérangé. Et, je vois celui qu’il « aime », Zeljko, plus comme un jeune homme qui prend son plaisir de manière opportuniste par toutes ses pores, sexualités, drogues et actes de violences confondus que comme un homo. Si la personnalité d’Andrej en tant qu’homo se définit à mesure du film, Zeljko, pour moi, est sans limites : S’il s’avérait que devenir prêtre, proxénète, croque-mort, combattant MMA ou sniper pouvait lui permettre de prendre son pied, je pense qu’il se dirigerait vers une de ces voies-là ou vers plusieurs d’entre-elles en même temps. On peut évidemment m’opposer un avis différent. Et je m’abstiendrai de toute façon de m’affirmer en spécialiste du sujet de l’homosexualité devant nos voisins, collègues, copains, amis homme-eau, lesbiennes, transgenres, sociologues, psychologues et autres.

Par contre, à parler d’homosexualité et de transgenre, je préfère nettement Coming Out qui est fait de vidéos postées sur le net entre 2012 et 2018 par des personnes qui ont fait leur coming out. Denis Parrot, le réalisateur le souligne au début : à son époque, internet n’existait pas.

Il y’a trente ou quarante ans, internet comme nous le connaissons aujourd’hui, n’existait pas non plus. Et cela avait pu faire rire de voir les humoristes Coluche et Thierry Le Luron se marier. Cela avait pu déranger aussi. Mais ceci pour dire que les homos pouvaient être « tolérés » dans la mesure où ils faisaient marrer. C’est ce qui peut expliquer-peut-être- le succès du premier volet de La Cage aux folles réalisé en 1978 par Edouard Molinaro avec Ugo Tognazzi et Michel Serrault d’après la pièce de théâtre au titre éponyme. J’ai néanmoins rencontré au moins un homo qui voit dans ce film des clichés et un mépris affiché envers les homosexuels. J’imagine que d’autres homos pensent comme lui.
En découvrant La Cage aux folles– il y’a moins de dix ans- il m’a pourtant semblé que le pire personnage était celui qui jouait le fils, hétéro.

La représentation de l’homo a un peu changé dans le cinéma. Dans un des derniers James Bond, Skyfall, je crois (réalisé en 2012), alors qu’il est torturé, « James » suggère d’un air entendu et détendu avoir déjà couché avec un homme.

Aujourd’hui, très superficiellement sans doute, et malgré une réelle volonté de sincérité et d’ouverture, j’ai l’impression que « ça fait bien » lorsque l’on est hétéro, de dire que l’on «  a des amis homos » ou que l’on fraie dans les milieux gay et lesbiens. Et transgenres. Nous sommes à une époque où les gens sont tellement « ouverts », « cool » et « tolérants ». Et on peut remplacer le mot « homo » par le mot « Arabe », « Noir », « Blanc », «  Asiatique », « Musulman », « Juif », « Femme », « Homme », « Riche », « Pauvre », «  Manuel », « Intellectuel », « Sportif », pour s’apercevoir que selon les environnements, les interlocuteurs et les échéances, on se retrouvera tour à tour devant la porte d’un club privé dont l’accès nous sera refusé ou, au contraire, accordé. Nous sommes dans un monde de cases et de castes. On peut toujours regarder les autres cultures et les autres pays et se « moquer » de leur côté arriéré ou supposé comme tel. Même en France, et au XXIème siècle, on peut être particulièrement arriéré.

Je peux être particulièrement arriéré.

D’ailleurs, Coming Out nous en apprend davantage au travers de ses divers témoignages qui, pour la plupart, se font face caméra, sur les formes principales de l’intolérance.

L’intolérance, selon Coming out, est bien un plat fait de certains mélanges. On y trouve côte à côte de l’ignorance, du déni, de la psychorigidité, du conditionnement, de l’aliénation, de la peur (du Freak, de l’Alien, du violeur), de la complaisance, de l’absence de conscience partielle ou totale de soi et des autres.

Dans l’intolérance, on trouve aussi cette conviction quasi délirante voire paranoïaque que la Norme de pensée à laquelle on adhère ou qui nous tient en laisse ou en haleine nous assurera la vie éternelle. Le bonheur éternel. Le pardon perpétuel. Et, cela, quelles que soient les erreurs et les horreurs que l’on peut commettre, seul ou avec le concours d’autres personnes, en tuant ou en blessant d’autres personnes désarmées, pacifiques et en situation d’infériorité.

Dans Coming Out, fait d’une bonne dizaine de témoignages, on assiste à quelques réactions des proches :
Du déni au rejet en passant par l’acceptation ou l’encouragement. Certaines de ses personnes ont la chance d’avoir des proches qui comprennent ou, mieux, qui le « savaient déjà » et acceptent. D’autres n’ont pas cette chance.

La phrase maladroite de quelques parents qui croient bien faire et qui revient plusieurs fois est : « C’est ton choix…. ». Ce à quoi, plusieurs de ces jeunes qui font leur coming out répondent aussitôt : «  Ce n’est pas un choix ! ». Si, pour certains, la découverte de leur homosexualité a été plus ou moins évidente assez tôt, pour d’autres, il a fallu certaines circonstances : une attirance amoureuse, plusieurs tentatives de suicides et plusieurs dépressions.

En regardant Coming Out, on s’aperçoit bien que ces personnes qui portent sur elles (ce en quoi elles sont, finalement, si on gratte bien, davantage les enfants de Dieu que ces « tenants » d’une certaine vérité religieuse ) tout le poids de la désapprobation morale de la communauté majoritaire aimeraient tellement être dans la « Norme » et acceptés du plus grand nombre. On s’aperçoit aussi qu’elles se préoccupent plus du bien-être être de leurs parents que du leur. Une des jeunes femmes dit ainsi à sa mère au téléphone :

« J’essayais de vous rendre heureux ».

Une autre, devenue garçon, demande en quelque sorte à sa mère de le rebaptiser en lui donnant un autre prénom.

Certains passages pourraient être drôles si l’on excluait la souffrance dont ils sont remplis :

«  Je suis censée m’intéresser à des garçons…. ».

Si la plupart des témoignages se font face caméra ou en présence des parents, il est aussi un photomontage particulièrement réussi ou une jeune fille, de 12 ans, fait des commentaires en voix off.

A nouveau, à voir ces personnes en pleine « mutation », il est détonant de voir comme les films de super-héros manquent généralement de réalisme en nous montrant des modèles exclusivement étalonnés sur les normes sexuelles, sociales et amoureuses hétéros. Il est vrai que les films de super-héros, pour des raisons économiques, se doivent d’être grand public et donc montrer le moins de scènes « osées » ou choquantes possible. Mais voir les mêmes histoires « d’amour » dans les films de super-héros revient à raconter aux enfants, aux ados et aux adultes que les bébés sont apportés au travers de la couche d’ozone par des cigognes ou transportés via Amazon Prime dans des éprouvettes par le Père Noël.

Coming Out révèle ou rappelle que derrière certains signes d’ouverture, mal être et solitude complètent encore la vie de beaucoup d’homos, de lesbiennes et de transgenres et que, comme le dit très bien un des jeunes hommes qui témoigne :

«  Nous crions pour que les personnes comme nous sachent qu’elles ne sont pas seules : nous sommes des êtres humains ».

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