Il n’est jamais bon de « généraliser ». Les DC comics, les Marvel, les mangas ne sont pas tous idiots et imbéciles. Entre « Captain America » et « Watchmen », il y a un monde, un gouffre, un néant. Car Watchmen qui a été imaginé par l’incompréhensible Alan Moore est une critique pertinente des sociétés occidentales dans une métaphore cruelle. Alan Moore qui n’a jamais vraiment apprécié les adaptations de son œuvre majeure sorti dans les années 80’ ne valide pas cette adaptation par le géant américain HBO à qui l’on doit Oz, les Soprano et Game Of Thrones.

Certains prétendent que dans un monde du XXI siècle, oú les États les plus riches de la planète se sont entendus sur la nécessité du capitalisme, c’est dans les films de genre, que l’on retrouve la critique la plus efficace du système. Ce n’est pas la fin de l’Histoire n’en déplaise à Fukiyama. Mais nos rebelles de l’intérieur ou les dissidents de l’extérieur n’ont plus aucun moyen de contester un système qui convient au plus grand nombre, ou plutôt à l’inébranlable puissance de l’argent. Aux États Unis, des films comme « The Purge », « Redstate », ou encore « God Bless Aimerica » dévoile nos histoires interdites. Le regard naïf d’un réalisateur de « Scary Movie » est quelque fois plus pertinent que l’analyse en deux parties et deux sous parties d’un auteur primé par la biennale.La série de HBO n’est pas une pâle copie du comic du grand Alan Moore. Damon Lindelof qui est à l’origine de « The Leftovers » une véritable bombe narrative qui a fait les beaux jours de HBO reprend pour l’essentiel l’univers du Comic de Moore pour recréer une histoire tout à fait originale.

Le Pitch est effrayant. À Tulsa, ville américaine qui a connu (dans la réalité) une émeute raciale en 1921, un mystérieux commando de supremaciste blanc (la 7 eme cavalerie) attaque au cours de la nuit blanche l’ensemble des forces de police de la ville. Après le massacre, un sénateur impose un masque jaune aux forces de police afin qu’ils ne puissent plus être reconnus. L’histoire de Watchmen prend place quelques 3 ans après le massacre dans une Amérique déchirée. Le showrunner de la série a décidé de suivre Angela Abar (un agent spécial de la Police) au lieu de s’intéresser aux principaux héros du comics dont le très polémique Dr Manhattan.



Si Watchmen est aussi réussi c’est tout d’abord parce qu’il intervient dans une actualité brûlante. Devant le retour des supremacistes blanc aux USA, et notamment les événements qui se sont produits à Charlotte Ville il y a plusieurs années, Watchmen alterne entre le réalisme, l’imaginaire, l’humour et l’ironie pour mettre en lumière le nouveau malaise du millénaire. Dans la réalité, comme dans la série, la crise économique et les réformes keynésiennes (symbolisé par les aide Red Ford dans la série ) alimentent le désarroi d’une population « pauvre et blanche » qui se vautre dans le racisme comme si il était devenu le mont de piété local. Il est admis que Stanley Kubrick est l’un des plus grands réalisateurs du XX siècle car il a su anticiper tous les extrémismes du XXI dans sa filmographie. Watchmen met en exergue nos propres torts. La série est un miroir déformant dans lequel nos défauts sont encore plus criants.

Ce n’est pas le seul intérêt de la série. Cette tendance au recours au « super-héros » dans l’imaginaire collectif qui est souvent dénoncé par Alan Moore lui même est mise en scène dans une série où chacun porte un masque et se prend pour batman. Salman Rushdie l’avait prophétisé dans son ouvrage « Furie ». La mort des idoles d’hier (Jesus Christ…) a crée un appel d’air pour des idoles préfabriquées qui n’en valent pas vraiment la peine. La culture de masse dénoncée par Hanna Harendt est aussi un point que met en lumière la série « Watchmen » qui flirte avec les thèses de Noam Chomsky en termes d’abrutissement des masses avec les médias. Et oui sous ces faux airs de DC, Watchmen est très bien imaginé.

Bien entendu la série de HBO n’est pas un essai philosophique. Scénario haletant, anti héros ultra attachant, la qualité des acteurs et de la mise en scène passent au second plan tant l’univers de Watchmen entre son hyperbole de notre monde et ses passages dans notre imaginaire est prenant. N’en déplaise à Alan Moore c’est la série la plus réussie de l’année.

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