Avec 320 000 exemplaires écoulés, le Vernon Subutex de Virginie Despentes est un classique dans la littérature urbaine. Plus trash que ses ancêtres, l’auteure place un candide “éveillé et cynique”, en la personne de Vernon dans un monde qu’il ne comprend plus. Le groupe Canal tente la création originale autour des deux premiers tomes du livre de Virginie Despentes. Pas d’hésitation, c’est Romain Duris, le héros de la trilogie de Cédric Klapisch qui incarnera le anti héros à l’écran. Vernon est la jeunesse que la génération des quadras a laissé derrière elle. Il représente les doutes et les espoirs d’une génération sans illusions mais qui n’a pas été écorchée vive. Reste à savoir si la série de Canal a réussi à dépeindre ce milieu de repentis d’un rock underground dont il ne reste désormais que quelques vestiges à Paris comme la boutique de disque de Subutex.

Face aux ogres de HBO, ShowTime, et Netflix portés par leur production couteuse, et leurs casting 5 étoiles, la production de série française avait vraiment du mal à décoller. En Europe, la série espagnole “La Casa de Papel”, la série italienne de Sky Italia “Gomora” ou encore la série allemande “Dark” diffusée sur Netflix représentaient quelque part les portes flambeaux d’un réveil européen. “Marseille” sur Netflix était la seule série 100 % française à postuler à ce rang, elle a échoué. Seule série à sortir du lot en France, la création originale “Le Bureau des Légendes” qui a la particularité de fonctionner suivant le modèle américain du Showrunner.

Avec “Vernon Subutex”, Canal Plus avait une occasion unique de hisser la série en France à son meilleur niveau. Car les tribulations et les galères de Vernon aux quatre coins de Paris sont par définition tout à fait compatibles avec un style français qui préfère généralement miser sur les personnages et la mise en scène plutôt que de parier sur une débauche financière et technique. Le scénario permet également de profiter de la beauté naturelle de Paris qui ne se limite pas n’en déplaisent aux touristes à Tour et aux Qataris qu’à la seule Tour Eiffel et aux Kebabs de Saint Michel.

Le choix des acteurs, là encore, a été judicieux. Depuis sa plus tendre adulescence, et son passage dans “Le Péril Jeune”, Romain Duris est associé à une figure de la rébellion. Et même s’il ne correspond pas au personnages de Vernon tel qu’il est décrit dans les bouquins de Despentes, ses traits et son jeu de comédien s’accorde parfaitement avec son personnage. Loin d’être auto-centré sur le personnage de Duris, la série met en scène également une Céline Salette fabuleuse en lesbienne tueuse à gage sur les réseaux, et Fishbach dans le rôle de la petite assistante de prod naïve que le milieu va finir par pourrir comme elle pourrit tous et tout.

En ce qui concerne le pitch, Vernon se fait expulser de son appartement et va retrouver une ancienne connaissance devenue célèbre dans le milieu de la musique. Après une soirée bien arrosée et saupoudrée, son ami perd la vie en lui laissant trois cassettes en guise de testament. Overdose ou pas, le Subutex se retrouve sans un sous avec une “cassette gênante” entre les mains et il fait le tour de ses amis pour réussir à dormir.

Tout était donc réuni pour une bonne série. Et elle n’est pas déplaisante. Les épisodes sont bien rythmée. Les personnages bien choisis même s’il reste assez prévisibles une fois cernée. Subutex représente en tout point “une ruine ancestrale” de ce qu’a été une génération dans les années 90′. Et c’est sur point que la série est une réussite. Lorsque ses amis de l’époque pour la plupart déçus ou brisés le regardent ou parlent avec lui, c’est comme si ils se baladaient dans le panthéon de leur jeunesse. Vernon est comme un vieux disque de vinyle qui a de la peine à exister à l’ère du streaming et du mp3. Tout est devenu consommable même nos vies…

La bande son du Subutex est énorme. L’immersion est totale dans l’univers Rock des 90′. C’est sans doute l’une des plus grosses réussites de la série. Et le personnage de Vernon en joue puisqu’il propose toujours sa musique à qui veut l’entendre, mais la musique ne s’écoute plus.

En revanche, Canal Plus n’a pas réussi à imposer le style punchy de Virginie Despentes dans l’image. Certains passages de Subutex vous frappe comme “un coup de surin en pleine poitrine”. Sur ce point, l’intensité de Subutex la série paraît …. raté. Mais c’est une série qu’il faut voir.


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