Avec “The Plot against America“, la chaine cryptée américaine HBO avait imaginé une défaite de l’indomptable Frank Roosevelt contre son adversaire antisémite avant la seconde guerre. La chaîne avant-gardiste avait alors soulevé une seule interrogation : “Et si l’Amérique était devenue antisémite ?“. Le choix de l’adaptation de l’œuvre de Philippe Roth n’est pas tout à fait innocent en réalité. Dans les USA version Trump, il y a même un regain d’intérêt pour un certain “1984” d’Orwell. Et si cette science fiction n’était pas si éloignée de nous ? Et si l’imaginaire nous rattrapait dans cette course folle que nous menons face à notre passé. Oui, nous sommes les enfants d’un monde en guerre.

La série “Lovecraft Country” diffusée depuis la mi aout est encore autre chose. Aux commandes, on retrouve l’inénarrable Jordan Peele spécialiste du film de genre (surtout horrifique) raciale qui malgré ses “Splendeurs et ses décadences” a rétabli le genre justement. Il est associé aussi à JJ Abrams créatrice de Lost.

Lovecraft c’est un écrivain américain de science fiction raciste et fier de l’être. Le héros, Atticus Black, revient de Corée dans l’Amérique des années 50′. On parle souvent de Prétoria quand il s’agit de ségrégation, on oublie qu’avant le combat pour les droits civiques mené par les hommes et les femmes de courage, l’Amérique aussi était ségrégationniste. Et si la couleur de peau n’est jamais un problème lorsqu’il s’agit de verser du sang au combat qu’on se batte sous le drapeau tricolore en tant que tirailleurs ou le drapeau étoilé, il en va pas de même dans cette Amérique là. Et très vite Atticus qui se réfugie dans l’imaginaire de l’auteur antisémite va goûter à la guerre de l’Amérique après la guerre de Corée. Le racisme aux USA dans les années 50′ est montré crument et réellement.

Le père d’Atticus a disparu. Il part à sa recherche en suivant un plan tout droit sorti de Lovecraft. Alors la série devient horrifique avec le second degré et le talent de Jordan Peele pour rendre absurde ce qui est effrayant. Alors au racisme meurtrier des Etats Unis, se mêlent l’imaginaire tout aussi cruelle d’un auteur de science fiction d’extrême droite, toute l’horreur se réunit derrière un faisceau. Série traumatique, véritable David Lynch avec le second degré en plus, “Lovecraft Country” aura le don d’interroger à une époque qui ne respire pas le compromis des années 90′.

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