Le créateur des “Kaïra”, de “Pattaya” et de “Taxi 5”, a radicalement changé de style avec la série “Validé”. Pur autodidacte, Frank Gastambide nous avait habitué à des comédies “un peu grasse” reprenant une tradition française dans le domaine qui dure depuis une vingtaine d’année. Avec “Taxi 5” déjà, il a ressuscité une franchise en installant un nouveau leadership et une nouvelle bande d’acteurs. Mais les réalisateurs de comédie ne sont pas pris au sérieux en France même si quelques fois le regard qu’il porte sur la société sous couvert d’ironies ou de sarcasmes peut être beaucoup plus lucide que celui du créateur d’un énième huis clos entre personnalités bien pensantes. Avec “Validé”, il explose !


Si l’on veut remonter à la préhistoire de la série, “Twin Peaks” de David Lynch, Oz de Tom Fontana et The Wire de David Simon ont imposé de nouveaux formats plus documentés que les “Cote Ouest“, ou “Dallas“. Ces séries à succès un brin mélodramatiques ont peu à peu été remplacés par des séries plus réalistes avec des thématiques plus sociales. En France, les Studios de Canal; + avec leurs créations originales “Mafiosa“, “Engrenage” et l’excellent “Braquo;” investissent davantage dans leurs séries que leurs concurrents. Avec “Borgia” de Tom Fontana, et surtout le Bureau des Légendes avec Mathieu Kassovitz, ils expérimentent de nouvelles voies. Jamais la série aux USA, et en France n’a été aussi qualitative. Il est bien loin de le temps de “Premiers Baisers” et de “Hélène et les Garçons“. La série n’est plus le parent pauvre de la création audiovisuelle. C’est dans ce contexte que Frank Gastambide réalise la série “Validé“.

Nul besoin de faire le pitch de “Validé” mais la série dévoile l’ascension d’un rappeur (Hatik aka Clément) entre les rivalités et notamment son clash avec le rappeur Mastar tout en dressant le portrait de l’impitoyable Rap Game en toile de fond. Pour dresser ce portrait du Rap, Frank Gastambide adapte des faits avérés et réels en utilisant ses deux personnages en clash Clément et Mastar. Quelques personnalités comme Ninho ou Lacrim viennent parachever l’oeuvre du réalisateur qui tient à placer sa série dans une réalité.

Et les résultats sont immédiats. Après huit jours, le service de streaming de Canal Plus est pris d’assaut avec près de 10 millions de visionnages en streams. La bande originale de “Validé” la série dépasse en termes de chiffres de ventes le dernier album de Soolking pourtant platine avec son premier opus, et même le dernier album de Jok’Air avec plus de 4000 opus écoulés tous supports confondus. Frank Gastambide devient la poule aux œufs d’or que tout le monde s’arrache.

Ces chiffres posent une question réelle : la production audiovisuelle en France n’a t-elle pas sous estimer l’impact du Rap et de ses corollaires sur le cinéma et la série ?

Fin janvier 2020, la troisième tête du Cerbère Kourtrajme après Chapiron et Gavras, Ladj Ly dépassait les 2 millions d’entrées avec “Les Misérables“. Depuis le temps de Victor Hugo, Montfermeil n’a pas beaucoup changé, avec son autoportrait d’une banlieue qui sombre, Ladj Ly a convaincu le public, et s’arroge plusieurs nominations dans les festivals internationaux. Et ce n’est pas le seul exemple, Nekfeu avec “Les étoiles vagabondes” et Kery James avec “Banlieusards” réalisent tous deux des chiffres très impressionnants sur le plateforme de distribution Netflix, bien supérieurs aux résultats de “Marseille” censé représenter la France sur Netflix. Cette série à haut budget avec l’acteur du “Dernier Métro” en tête d’affiche n’a vécu que pour une unique saison. Et on connaît les difficultés de Kery James et de Ladj Ly lorsqu’il tentait de trouver les fonds nécessaires à la production de leurs ouvrages.

Le Rap issu du mouvement Hip Hop dont Frank Gastambide tente de dévoiler tous les secrets est aujourd’hui le genre musical le plus écouté en France. Il a donné naissance à toute une série d’artistes qui ont entrepris une forme de révolution culturelle. La musique, le cinéma, l’art en général avec le Graf changent au contact de ces artistes qui ont fait une force de leur métissage. Entre une culture importée des Etats Unis, une France qui conserve toutes ses spécificités, et quelques fois pour certains d’entre eux leur culture d’origine, ces artistes lèvent le voile sur une société qui change, et n’en déplaise à certains, sur un fond de “culture commune” à l’ensemble de l’occident dont ils sont les plus fervents défenseurs. Une multiculturalité !

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