RAP US I RAP Français : Qui est le plus engagé ?

Le Rap US a navigué depuis ses débuts entre l’inconscience, la soumission aux valeurs de l’argent, et un côté plus contestataire. A la différence du rap français, la frontière n’est pas aussi étanche dans le rap américain que le rap français. NWA est par exemple un groupe mythique de Gangsta Rap, il est cependant l’auteur du titre très conscient « Fuck the Police« . De la même manière, Public Enemy est à l’origine d’un « Fight The Power » appelé à réveiller les consciences. Leur album mythique a fait l’objet d’un réédition dernièrement. On peut les retrouver en featuring avec les principales têtes du rap US.

Eminem n’a rien non plus d’un rappeur conscient. Mais son regard sur la société de consommation dans des titres comme « Without me » ou plus directement « We Made You« , son regard sur la dépendance dans des titres comme « Drug Ballad » le rend plus contestataire que la moyenne. Il dénonce avec humour et ironie au lieu de se lancer des prêches moralistes. Il réalisera aussi des titres entiers pour dénoncer la politique de « W » et plus tard celle de Donald Trump. Oui Eminem est engagé en politique.

La nouvelle scène Rap US est aussi sensible à de nombreux sujets. Signe des temps qui changent, si le WU TANG Clan déclarait dans « CREAM« : CASH RULZ EVERYHTING AROUND ME, Joey Bada$$ prétextera plus de 20 ans plus tard ans « Paper Trail » : CASH RUINED EVERUTHING AROUND ME. C’est une autre manière d’envisager le rapport à l’argent dans une société qui vit pour le dollar.

Kendrick Lamar a fait de la lutte pour les droits civiques son cheval de bataille. Dans son formidable clip « Allright » ou dans « King Kunta » où il reprend le pseudonyme de Kunta Kinte (personnage de la série « Racine« ) le rappeur rappelle que la lutte pour les droits est loin d’être terminée. Le mouvement #BlacklivesMatter a été à l’origine d’un foisonnement artistique extraordinaire aux USA. Anonymes, et stars du Rap ont tous dévoilé leur vision d’une Amérique de Trump où les démons d’hier ont pris beaucoup trop d’importance.

D’une certaine manière, la scène Drill, et la scène Trap, sont elle aussi engagée indirectement. Dans la mesure, où les afro américains sont les descendants des esclaves. Leur égotrip dans ses titres où ils mettent en avant richesse et réussite peut être vécu comme la défiance ultime vis à vis de l’établishment.

En France, en revanche, les rappeurs qui sautent d’une catégorie à l’autre, entre gangsta rap et rap conscient ne sont pas légions. Les rappeurs conscients sont clairement identifiés autour de certains pôles comme la Ligue avec Youssoupha, Médine et Kery James. Le rap conscient en France n’a rien à voir avec le RAP US. Il s’est réellement révélé en 2002 avec l’album « Et si c’était à refaire« . Avant 2002, des rappeurs comme IAM, NTM et le Secteur Ä (Sacrifice de Poulet) contestaient souvent les abus et les inégalités.

Si l’on considère que le Rap français s’est beaucoup popularisé, et si l’on imagine comme Kery James qu’il « a beaucoup changé« , on est tenté de dire que la démocratisation du Rap en France est allé de paire avec un assouplissement du discours de la majorité des rappeurs. Le rap conscient plus moraliste qu’aux USA est peut être une réaction dure à l’assouplissement du discours dans la musique urbaine qui est aujourd’hui dominée par la Pop Urbaine et l’AfroPop en termes de vente (excepté les monstres PNL, DAMSO en termes de vente).

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