Quelques fois les chiffres nous poursuivent, ils nous harcèlent, ils nous pourchassent. MHD est né en Vendée mais il a grandi dans le XIX ème arrondissement de Paris. C’est dans ce XIX ème arrondissement qu’il connaîtra le succès avec “La Moula”, son premier freestyle AfroTrap, alors qu’il menait une vie tranquille de livreur de pizza. Alors qu’il a annoncé la fin de sa carrière en InstaStory il y a quelques jours, pour des raisons personnelles, il vient peut être de livrer son testament sous la forme d’un album intitulé “19”. 19 comme le 19 septembre jour de sa sortie, 19 comme les 19 titres de l’album, 19 comme le 19 ème arrondissement de Paris. Depuis les prouesses de Damso avec l’alphabet grecque, les rappeurs raffolent de numérologie apparemment. Par ailleurs Dems a lui annoncé la fin de sa carrière. Désormais le succès donne envie d’arrêter. L’histoire de MHD commence sur un freestyle AfroTrap“la Moula” passe par un double disque de platine pour son premier opus MHD, par le Festival de Coachella, et par un remix de Diplo de Major Lazer sur son titre “La Puissance”.

L’opus du Prince de l’AfroTrap, ou plutôt de son égérie en France commence sur un Freestyle de Salif Keita en intro, un chanteur traditionnel africain. Il faut savoir que ce n’est pas la première apparition de Salif dans le Rap français. En 2002, au moment de la métamorphose de Kery James devenu rappeur conscient, il avait posé sur le titre “La Honte” extrait de l’album “Et si c’était à refaire”. Pourquoi commencer ainsi ? Peut que le Prince de l’Afrotrap devenu Roi vient de rappeler que dans le genre “afrotrap” il y a le mot Afro. Et donc que la voie ouverte par certains groupes comme Magic System dans les années 2000, ou Bissa Na Bisso de Passi dans les années 90′, a permis au style rap de se métisser avec la tradition africaine portée par une diaspora française très dynamique contrairement aux préjugés racistes.

MHD annonce aussi peut être la couleur de l’album. Son featuring avec le chanteur Nigérian, star totale dans son pays, Wiz Kid, est loin d’être AfroTrap, il est plutôt AfroPop voire AfroLove. Ce single dévoilé avant la sortie de l’album ressemble de très près aux morceaux de Dadju qui composent son album “Gentleman 2.0″. Le titre en featuring avec Dadju intitulé “Bébé” est d’ailleurs placé à la même enseigne en mode crooner urbain. Comme dans son premier album éponyme “MHD”, le rappeur ne livre pas une compilation AfroTrap mais un album complet comportant des titres AfroTrap très égotrip, des titres Afro très love, et des titres tout simplement Rap. Même si le public se reconnaît beaucoup plus aisément dans les freestyle AfroTrap de MHD qui ont toujours eu plus de succès que ses titres Rap.

Son featuring avec Orelsan sur le titre “Le Temps” est aussi particulièrement intéressant. Car entre le Prince du Troll Rap et du Looser Trip, et le désormais Roi de l’AfroTrap, l’opposition de style devait être totale. Mais entre le casting des MC tous deux disques de platines, et le choix des compositeurs dont Dany Synthé, beatmaker multiplatinum, la production n’a pas pris beaucoup de risques. L’opposition de style n’a pas lieu, et c’est un beau titre, mais tout de même assez fade au vue des talents inouïes qui ont été réunis sur le morceau. Autre élément à prendre en considération, MHD parle beaucoup d’amour dans son album et surtout de chagrin d’amour. Le gamin du 19ème qu’on adore a t-il connu son premier chagrin d’amour.

Conclusion, entre Afro, Afrotrap, et Rap, le Roi livre un opus très complet musicalement qu’il est très simple d’écouter. On regrette cependant deux choses, le manque de prise de risque au niveau artistique et également des lyrics qui tournent souvent autour de la déception amoureuse, et de l’égotrip basique. MHD ne devrait pas arrêter il a beaucoup de talent, et il a une marge de progression énorme il pourrait devenir l’un des artistes phares du XXI siècle en France.

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