J’ai rencontré Maria sur Internet. La première fois elle m’a reproché de la traiter comme un Uber Eat. Le poids de la société de consommation sans doute. Pas étonnant lorsque mon premier contact avec elle s’est résumé à un click en fonction de quelques photos bien choisis par elle même. Maria, qui originaire d’un pays d’Europe et tient à conserver son anonymat est géniale mais elle a véritablement une singularité qui n’apparaît pas immédiatement.

Elle est salariée chez JD Sports. Pour être tout à fait honnête je ne connaissais pas cette marque. Inculte du streetwear ou complètement dépassé par la mode renaissante du survêtement, has been même peut être avec mon style de dandy je n’accorde que très peu d’importance à ce genre de textile même si j’adore les Sneakers.


Mon premier contact avec la marque a été plutôt catastrophique. J’avais rendez vous avec Maria vers 22 h à la sortie de JD Sports. Il faut savoir que les employés de JD Sports obtiennent leur “Schedule” quelques jours avant le début de la semaine. Ils travaillent en moyenne 5 jours par semaines, à base de 7 heures par jour avec une pause d’une demi heure voire de une heure lorsque Monseigneur le superviseur est magnanime. Bien sûr ils peuvent travailler le samedi comme le dimanche. Et leurs deux jours de repos hebdomadaires peuvent être séparés de 3 voire 4 jours. Donc j’attendais Maria à 22 h pétante aux portes de son complexe. Je m’étais armé de quelques cigarettes bien sûr pour attendre avec quelques morceaux de Leonard Cohen. Vers 23 h, elle m’envoyait une vidéo pour me faire comprendre qu’elle était toujours dans la boutique. Vers 0 h 00 et quelques, elle est sortie ravagée par sa journée de travail. Il faut savoir que les “managers” et même les employés de JD Sports font toujours des heures supplémentaires. Bien sûr JD Sport ne calcule pas ces heures supplémentaires dans le décompte final du salaire.


In Bed with JD Sports” j’ai compris qu’un manager ou un employé de chez JD pouvait travailler entre 20 minutes et 2 heures par jour au delà de son temps travail habituel lorsqu’il ferme la boutique. Les managers et les employés ferment la boutique entre 2 ou 3 jours par semaine. Ce qui peut revenir 12 heures supplémentaires par mois au maximum, plus qu’une journée de travail.


Au delà de ces facilités de “caisse” au niveau du temps de travail, l’enseigne britannique est omni présente dans la vie des salariées. Tout d’abord, elle les contraint (pour ce qui est des managers) à réaliser un débrief complet de la fermeture de la boutique sur Whatsapp ne manquant de faire des rappels à l’ordre très humiliants lorsqu’un bout de chemise dépasse. De plus, tous les employés et les managers de JD doivent passer online des QCM très idiot façon mangeriat anglo saxon sur la façon de recevoir les clients ou sur la manière de redresser une chemise. Cette omniprésence dans la vie du salarié l’empêche carrément de penser à autre chose qu’aux rangées de survêtements Nike jusqu’à son domicile…

Mais les horaires peuvent carrément devenir catastrophique. Pendant toute une semaine Maria a été contrainte de fermer la boutique. Elle commençait le travail vers 14 h 30 ce qui est très handicapant pour finir à 22 h ou plutôt 22 h 30 ou 22 h 45, quelques fois 23 h 10. Exténuée par la fatigue, par les messages incessant qui tombaient sur son smartphone et les humiliations communes au monde du travail dans ces entreprises usines qui font le bonheur des sociétés post révolution numérique, elle s’est tout simplement effondrée.Je l’ai trouvé accroupis au milieu du lit et en larmes.

Lorsque je me suis approché d’elle pour comprendre, elle m’a dit qu’elle était fatiguée. C’est ce que nous ne pouvons pas comprendre les employés sont traités comme des chemises. A JD Sports, tout est prévu tout est sous contrôle même le positionnement des employés. Les chemises, les stocks, les survêtements, les chaussures, sont placés suivant des règles de marketing ultra précises pour attirer le client. Quant aux employés ils tournent entre une dizaine de post bien précis avec un rôle et un devoir bien précis. Ils sont des pions sur un échiquier. Si JD Sports voulait appliquer le fordisme à la gestion d’un magasin elle a surtout réhabilité le darwinisme économique, cette loi de la jungle perpétuelle dans laquelle la femme et l’homme ne travaillent pas pour vivre mais vivent pour travailler.

Maria a été engagé en tant que Manager mais elle était payé comme une employé. Étrangère au système français puisque membre d’un pays de l’Union Européenne dans lequel elle avait le même emploi (dans des conditions bien différentes), l’enseigne a profité d’elle. Pendant son passage, elle a remarqué qu’à part quelques titulaires, l’enseigne n’engageait la plupart du temps que des stagiaires, originaires le plus souvent de quartiers, pour les faire travailler gratuitement deux mois, et les virer ensuite pour éviter d’avoir à les payer en respectant “ironiquement la loi”. Donc elle a tenté de passer un concours pour obtenir son salaire de manager.

On était assis au restaurant, il était 22 h 30 ! Son manager lui envoie alors un message pour lui dire que son concours aura lieu demain. Il lui envoie 5 pavés à apprendre par cœur. Elle révise toute la nuit. Et bien entendu le lendemain c’est la catastrophe. Elle a beau s’expliquer, dire qu’elle n’a eu que quelques heures pour réviser… L’inspecteur lui fait savoir qu’elle pourra repasser le concours dans trois mois. Et donc passer trois mois à être payé au Smic pour un boulot de manager. A JDSports il n’y a pas de petites économies. Ce jour là, Maria a quitté JD Sports. Et elle est retournée dans son pays. Depuis elle a fait plusieurs tentatives de suicide. JD Sports considère qu’elle a fait un abandon de poste. Elle ne touche pas d’allocation. Et elle a énormément de mal à retrouver un travail. Plus qu’un problème d’argent, elle se sent humiliée par l’enseigne. Et dans son pays d’origine, tout se passait très bien.


Maria n’a pas été la seule à craquer. Un jour elle est arrivée avec un peu plus de retard que prévu. Elle m’a dit qu’elle était aux côtés d’une employé qui versait toutes ses larmes dans les toilettes. Elle ne voulait pas vraiment parler. Elle était fatiguée et humiliée.


La crise du chômage, la tension économique, la chute de la culture syndicale ont donné les pleins pouvoirs à une société qui nie l’humain au service de sa rentabilité. Le plus drôle c’est que Maria m’a soutenu un jour qu’il n’y avait pas de syndicat en France. C’est ce que son superviseur lui avait dit…. JD Sports n’est peut être pas une exception. Mais lorsqu’on couche avec un employé de cette marque, on couche avec JD SPORTs.

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