L’apogée du rappeur marseillais en quelques étapes !

JUL : Le milieu se méfie

Il y a bien longtemps dans une galaxie lointaine sur Mars, un rappeur décroche un disque d’or alors que personne vraiment ne s’y attend. Ce rappeur c’est Jul. Le phocéen lance sa carrière avec “Dans ma Paranoïa“. Les mélodies réalisées par le principal intéressé mêle Pop, rythme endiablé et autotune. En 2014, le vocoder est loin d’être généralisé, et la gardiens du temple voient cette évolution d’un très mauvais œil.

Sentence prophétique, ou réalité indéniable, l’autotune fait aujourd’hui partie du quotidien du rap autant que les titres plus club ou plus romantiques. Booba s’exclamera quelques années plus tard dans “Trône” :

Dès ses débuts, le rappeur marseillais est gênant. Invité lors de l’écoute de son second album en solo par Musicast, la plupart des journalistes présents dans la salle sont partagés entre l’appréhension et l’incompréhension du phénomène JUL. Quelques années plus tard, ils comprendront qu’ils assistent à la profonde révolution de la musique urbaine dont Jul se fait le plus grand symbole. A l’époque, Akhénaton du groupe IAM s‘exprime sur le phénomène, et il est loin d’être satisfait.

JUL : La naissance d’un courant dans le Rap

Et pour cause, le rappeur tourne ses clips au quartier façon Dogma 95. Il ne fait aucun effort vestimentaire. Du propre aveu de son ingénieur du son, il te sort une production instrumentale en moins de 5 minutes (Kombini). Il néglige la négation dans le titre de certains de ses albums comme “Je Trouve Pas le Sommeil“. Et le résultat est bien souvent un rap sans vraiment de “message” (le fameux message qui a animé les générations précédentes), un rap très subjectif et tourné sur la personne de Jul, et un rap excellent pour aller danser. C’était sans doute l’erreur des gardiens du temple, et de quelques journalistes. Car le rap n’a pas changé tout seul, il s’est adapté au public, et le public du rap aujourd’hui c’est tout le monde comme en témoigne les récents études qui font du rap le genre le plus écouté en France depuis 2019.

Jul a anticipé ce mouvement. Personne n’écoute IAM, SNIPER, ou NTM en Club. Ce serait très risqué. Jusqu’à son disque de diamant pour “My World“, le rappeur exploite ce filon. Il réalise des titres qui s’écoutent partout. Les titres de Jul pourraient aussi bien être diffusés en radio, en chicha et en club. Rien n’arrête celui qui deviendra le plus gros vendeur de rap de l’histoire devant MC Solaar et IAM. Ce style de musique “à la Jul” s’imposera peu à peu à Marseille et ailleurs. Jul lance un genre dans le rap qui fera de lui un ténor de la profession.

JUL : L’antistar, le cauchemar de l’élitisme

Après que le rappeur ait raflé tous ces disques d’or et de platine, on est amené à se demander si dans la culture en France nous ne sommes pas trop élitistes pour rejeter de facto tout succès populaire. Car Jul ne respecte pas les codes ! Le rappeur ne dépense toujours pas son temps dans les soirées mondaines. Il ne joue toujours pas à la vedette en ville. D’après les témoignages qui remontent, il continue de s’habiller comme avant, de faire de la musique, et il ne joue pas au caïd.

Lorsque la crise du Corona éclate en France. Le rappeur met en vente tous ses disques d’or et de platine aux enchères. Dans toutes les interview qu’il accordent aux médias, il met en valeur un discours très positif qui pousse la jeunesse à donner le meilleur d’elle même. “Rien100Rien” devient justement la devise de son label après avoir un temps le nom de son album.

Et en ce qui concerne les mauvaises langues, le rappeur “rap” de plus en plus comme sur “La Zone en Personne” ou en live sur Skyrock. Il montre toute l’étendue de son talent sans jamais délaissé le style qu’il le caractérise. Ce style il l’assume entièrement, et il le transmet à TK et Moubarak ses deux poulains qui officient au sein de leur label.

Et au niveau des featuring, gangsta rappeur, ou rappeur plus ouvert, tout le monde se l’arrache. Au delà même des disques d’or et de platine, le rappeur est un personnage. Sa reçente amitié avec Michel Polnareff en témoigne. Il est capable de s’ambiancer avec une star de la Pop et de devenir le rappeur préféré de Brulux (il n’y a pas plus gangsta rappeur) et de poser sur l’album de Lacrim. Tandis que certains divisent, Jul réunit.

13 Organisé : Le Sacre de JUL

Certes, “Bande Organisée” est un titre qui bouge, mais 13 Organisé est complet et exceptionnel. JUL a réalisé un travail d’esthète tout d’abord parce qu’il a réuni pratiquement tout le rap marseillais. Les fondateurs IAM, la Fonky Family font partie de l’aventure comme les Psy4 de la Rime, SCH, Kofs, Naps et toute la jeune garde. Depuis la première bande originale de Taxi, on n’a jamais vu çà. Ensuite, l’album est complet car il représente le spectre de tous les rap qui se font à Marseille depuis les mélodies de Naps, jusqu’au rap à l’ancienne d’Akhénaton.

Lancé sans trop grande promotion, il réalise un disque d’or dans la foulée.

Ce phénomène laisse à réfléchir. Car le Rap n’appartient à personne ni à nos père ni à nos grand pères. Il a évolué avec le temps. Comme le précise Kery James en Interview chez Pascal Cefran ce n’est plus le même rap. Mais autrement Jul a réussi à réunir tout les rap dans un seul opus. Et si dans “Je suis Marseille” on reconnaît la production instrumentale de Marseille La Nuit extrait de la bande originale du premier Taxi ce n’est pas un hasard. Comme Akhénaton, comme l’ensemble de la classe médiatique, comme le public qui l’a toujours soutenu, nous revenons à une seule sentence : Respect !

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Pourquoi IAM a participé à 13 Organisé de Jul ?

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