OrelSan vient de lever le voile sur “La fuite en avant”, un projet qui confirme un peu plus son statut d’icône générationnelle. Depuis plus d’une décennie, le rappeur de Caen s’est imposé avec un discours à la fois cynique et lucide, préférant le “loser trip” aux démonstrations d’ego surdimensionnées et aux postures virilistes qui ont longtemps dominé le rap français. Avec lui, le public n’a pas simplement écouté des albums : il a grandi, traversé les doutes, les excès et les remises en question.
Dès ses débuts, OrelSan met en scène l’errance d’un jeune en perte de repères avec “Perdu d’avance”. Puis vient le temps de la confrontation avec la célébrité, avant l’entrée plus frontale dans l’âge adulte sur “La fête est finie”. Observateur attentif de son époque, il n’a jamais cessé de relier l’intime au collectif. Dans “L’odeur de l’essence”, son regard se fait plus grave, presque désabusé, face aux fissures d’une société qui se transforme trop vite, et souvent sans direction.
Avec “Civilisation”, son avant-dernier album, OrelSan franchit un cap historique : plus d’un million d’exemplaires écoulés et une certification double disque de diamant. En parallèle de sa trajectoire musicale, il développe un versant cinématographique et documentaire. Son frère signe un film retraçant sa genèse artistique, tandis que “Yoroï”, sorti en 2025, explore ses angoisses liées à la paternité à travers une esthétique imprégnée de culture japonaise et de cinéma fantastique.
Qu’il le veuille ou non (“Quand est-ce que ça s’arrête ?”), OrelSan s’est installé au sommet. Il n’est plus seulement un rappeur marquant : il est devenu une figure centrale du paysage musical français.
“La fuite en avant” réalise d’ailleurs un démarrage impressionnant, frôlant les 60 000 ventes dès la première semaine. OrelSan accompagne cette sortie avec le visuel de “Encore une fois”, en collaboration avec Yamê.
Yamê, révélé au grand public après son passage remarqué sur A COLORS SHOW avec “Bécane”, incarne lui aussi une singularité forte. Dans un paysage rap de plus en plus structuré par des tendances dominantes — drill, jersey, hybridations pop ou afro — il impose une identité vocale et artistique immédiatement reconnaissable. À sa manière, il partage avec OrelSan ce refus de l’uniformisation.
Peu enclin à multiplier les featurings opportunistes, le rappeur caennais choisit ses collaborations avec parcimonie. Son alliance avec Yamê relève donc moins d’une stratégie que d’une évidence artistique.
OrelSan et Yamê le font “Encore une fois”.
L’instrumentale est signée Phazz et Skread. Si Skread demeure le compagnon de route historique de OrelSan, présent depuis ses premiers projets, Phazz a lui aussi largement contribué à façonner son univers, notamment sur “Défaite de famille”, “Christophe”, “La Quête” ou “Athéna”, extrait de “Civilisation”.
La production, presque “grotesque” au sens d’exagérée, joue sur les contrastes et l’ironie. Elle épouse parfaitement le “loser trip” revendiqué par OrelSan, qui met en scène son “social jetlag” post-soirées :
“J’me réveille à midi, la tête en vrac, la bouche en feu
L’impression d’avoir passé la nuit dans un cendrier
La première chose que j’me dis, c’est ‘plus jamais’
La deuxième, c’est ‘vivement dix-huit heures pour qu’on recommence à les enquiller'”
Une thématique déjà esquissée dans “La fête est finie”, où il explorait ses excès nocturnes et leurs conséquences. Le collectif Asocial Club avait lui aussi abordé cette mécanique autodestructrice avec “Anticlubbing”. Chez OrelSan, la fête n’est jamais totalement légère : elle est un cycle dont il peine à s’extraire.
Le clip, signé Martin Raffier, adopte une mise en scène singulière. OrelSan et Yamê évoluent dans un décor découpé comme une maison de poupée ouverte, passant d’un appartement à l’autre au fil de la narration. Issu du court métrage et de la publicité, le réalisateur a notamment signé “The Greatest Man on Earth” et “The Launch”. Il avait également réalisé le clip de “M.VI” pour Chaax, confirmant son goût pour les univers visuels stylisés et narratifs.


