Will LCK est un rappeur originaire de Lille. Si, dans les années 90, Marseille, Paris et leur périphérie structuraient l’essentiel du débat rapologique, la carte du rap français s’est profondément redessinée depuis le milieu des années 2010. La province a pris la parole, imposé ses accents et ses réalités. Le Nord, en particulier, peut compter sur des figures solides comme Gradur, ZKR, et bien sûr Will LCK, actif et constant depuis de nombreuses années.

L’artiste nordiste vient de dévoiler son projet “7/7”, un disque pensé comme une profession de foi. Présenté en grande pompe sur Skyrock, entouré de ses proches collaborateurs, le projet a immédiatement été salué par Fred Musa, qui a qualifié Will LCK d’“artisan du rap”. Une formule juste : chez lui, pas d’effets de mode ni de virage opportuniste, mais une fidélité assumée à un rap pur et exigeant. Nourri par les grandes plumes de l’âge d’or, il revendique aussi l’influence de “Distant Relatives”, rencontre symbolique entre Nas, prince de Queensbridge, et Damian Marley, où se mêlent conscience, héritage et élévation.
À la sortie de “7/7”, Will LCK a frappé fort avec le clip de “Grand H”, en featuring avec Furax Barbarossa. Figure incontournable du rap indépendant, dans la lignée d’un Demi Portion ou d’un Davodka, Furax partage cette même obsession du mot juste. Tous privilégient la densité des textes à la facilité des tendances. À contre-courant d’un rap français souvent happé par d’autres sonorités et dynamiques esthétiques, “Grand H” se présente comme une démonstration frontale de technique et d’écriture.
Will LCK et Furax Barbarossa incarnent les “Grand H”.
L’instrumentale est signée Mehsah, fidèle architecte sonore du projet. Le producteur et le rappeur avancent en symbiose, façonnant un univers cohérent. Mehsah a récemment marqué les esprits en produisant pour Djadja & Dinaz sur “Tenue de Motard 5”, pour Lacrim et Oli sur “On s’est trompé de rêve”, ou encore pour HMZ et Lacrim avec “Pour nos ennemis”. Ici, la production, volontairement sobre et classique, offre un terrain brut où les deux rappeurs peuvent kicker sans artifice :
“Je veux plus la voir / il y a la misère qui danse en face / … /
Je rappe la main sur le cœur comme Hooligan qui crie : ‘Aux armes’ /
Mange mes phalanges, mon talent ? /
J’ai pas de talent / J’ai faim”
Furax Barbarossa, fidèle à sa ligne, élargit le propos vers un registre plus politique :
“À l’heure où la jeunesse se perd en quelques secondes d’Hanouna Cyril /
La Palestine appelle à l’aide, on fait les sourds”
Le visuel, réalisé par Alexandre Mameli, prolonge cette intensité. On y voit les artistes kicker dans un parking brut, presque hors du temps, tandis qu’en parallèle, un storytelling plus intime se dessine : celui d’un enfant, filmé de dos, qui se rend à l’hôpital pour visiter son père. Une mise en scène sobre et sensible. Alexandre Mameli vient d’ailleurs de lancer la web-série “Le journal de Samy”, dont le troisième épisode est récemment paru. Il avait également signé le clip de “Soucis dans la tête” pour FRS Taga, confirmant son goût pour les narrations humaines et ancrées.


