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Track 9 : Le Pablo Escobar de Clichy !

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ZEZ
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C.E.O HELL SINKY, author, journalist, documentary

Depuis quelques temps, je travaillais pour Buzzdefou dans le 93. Pendant plusieurs années, Rohff, le cauchemar du rap français, était si proche des gérants du site internet, que tout le monde imaginait que le site lui appartenait.

Mais lorsque j’ai débarqué chez Yacin et son buzz de fou, le padre du rap français n’avait plus vraiment de patronage sur le site internet. Quoique… Mon premier acte fondateur chez Buzz de Fou a été de relayer un clip de Booba. Le gérant a passé la journée avec ses potes au téléphone pour leur expliquer qu’il n’était pas un traitre. Il y a des choses qui ne s’arrangeront jamais dans le rap.

Avec Yacin on faisait de la promo pour les artistes. La promotion et le click, c’est tout ce qui peut nourrir un média rap sur Internet aujourd’hui. Et c’est pas la Mairie de Saint Denis qui te donnera une subvention pour développer ton truc, déjà qu’Aya Nakamura et Niska sont boycottés aux Victoires de la Musique.

En premier lieu, le gérant me dit qu’on a un client à Champigny sur Marne dans le 94. On doit y rencontrer la Mafia B. On prend la voiture du gérant, et on se poste devant la boulangerie à Champigny. Pendant une heure, on attend un représentant de la fameuse Mafia B.

Je commence à gigoter comme un singe hyperactif dans la Clio du gérant. Yacin plus patient que moi me dit d’attendre un peu. Après une heure et demi d’attente, une Mercedez Benz Classe E noire débarque du côté opposé. Un type bien apprêté sort de la voiture.

On discute deux ou trois minutes des détails de la campagne de promotion. Puis il sort un “sachet plastique” rempli de billets de 100 euros de sa voiture. Il doit y avoir plus de 30 000 e dans le sachet. Il me regarde, compte 7 billets et me les donne. J’ai l’impression d’être une prostituée de luxe voire au mieux un chouf bien payé. Il se barre, je fais le pari avec Yacin que le mec nous a donné des faux billets. Il se marre et dit que non.

Quelques heures plus tard, je me poste devant la BNP, et j’encaisse l’argent sur mon compte pro. Et à ma grande surprise il n’y a pas un seul faux billet. En partant vers chez moi, je me demande comment il a pu remplir ce sachet. Les dealers emmagasinent les billets de 10e à 50e. Un sachet avec que des billets de 100 e ca pose une question… Je range l’affaire au rang des légendes urbaines de mon enfances et des grandes énigmes de la rue comme les meurtres de Malcolm X, Tupac, Notorious BIG.

Le lundi d’après, on est dans les locaux de Buzz de Fou dans le 93. Et un rappeur qu’on adore, un dénommé ZK, vient nous rendre visite. Avec son manager Bishop, boxeur de métier c’est des crèmes, on passe l’après midi avec eux. Et on bouge.

Tandis qu’on est dans la cour de la résidence qui accueille Buzz de Fou, je marche avec ZK quand je vois le rappeur fixé quelque chose au loin et s’arrêter net :”Putain, mec le chien“. Deux secondes après, je suis ZK qui coure comme un dératé alors qu’on est pourchassé par le berger allemand de la concierge. En bout de course, Yacine ouvre la portière de sa voiture. On était juste. On rentre dans la Clio.

T’es jamais vraiment en week end dans le rap. Je comptais sortir le vendredi. Mais vers 19 h, Yacin m’appelle pour me dire qu’on a un client potentiel dans le 95 en grande grande grande banlieue. On prend la Clio et on reste coincer dans les embouteillage pendant près de 1 heure et 40 minutes. On arrive dans la “ville” du rappeur. On tourne en boucle et le gérant de Buzz de fou n’a pas capté l’adresse à laquelle on est convié, tout comme son GPS d’ailleurs. Après 40 minutes de recherche, on arrive devant un terrain vague qui ne ressemble à absolument rien sans aucun bâtiment autour.

Après encore 10 minutes d’attente, un voiture toute cabossée arrive avec le rappeur au volant et deux amis. Les rappeurs sont jeunes ils ont 18 ans (peut être même 16 ans), ils sont “trop underground“, ils fument le joint “depuis 6 mois“. Le mec arrive avec des airs de Pablo Escobar. Il vend sa musique comme on vend un kilogrammes de Coc. Puis il tourne et nous demande notre prix. Alors qu’on est juste venu encaisser. Je regarde un peu dans le vide avec un air ahuri, embarrassé par le manège du mec.

Et là il dit qu’il doit réfléchir et qu’on se donne rendez vous demain au même endroit. Yacine qui a passé trois heures dans sa caisse pour assister une représentation théâtrale de mauvaise qualité ne tient plus. Le Pablo Escobar de Clichy nous a ulcéré. Alors il le regarde et avec le calme qu’on lui connaît, il finit l’entretien sur : “Frérot le téléphone ça existe, t’étais obligé de nous faire venir ici pour faire ton cinéma là ?“.

On part, Yacine promet qu’on ne l’y reprendra plus. On sait lui comme moi qu’on retournera dans nos vies de bicraveurs de promotion le lendemain.

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