C’est tout juste le deuxième mois à la GP. Débarque un type, crâne rasé, plutôt assuré dans sa façon de parler que je ne connais pas. Thierry fait des pieds et des mains pour lui. En moins de 30 minutes, il y a lui proposé 3 cafés, et même un sandwich…que manifestement il n’avait pas sur lui. Lorsque JR débarque, les deux hommes se saluent cordialement. Connaissant l’impertinence, et le côté irrévérencieux de JR, c’est déjà une grande marque de respect. Il discute, je continue à boire mon café en grattant mon énième article sur Kanye West. Cette fois ci, c’est pour dire qu’il s’est payé des toilettes en Or Massif dans son manoir avec sa Kim K de femme.

Au delà de l’égocentrisme du personnage, je me demande pourquoi nous autres enfants de quartiers, lorsque nous réussissons dans la vie (ou dans le crime par ailleurs), nous sommes obligés de le crier au monde. Je te promets un mec de quartier, lorsqu’il tape le million, le bling bling devient sa profession de foi. Il aura beau “Hamdoula” à tout va, il pense Porsche et chie Louboutin. Et après il s’étonne d’être marié à une michto. Ben Kanye West, c’est le paroxysme du génie, de la folie, du bling bling et peut être aussi quelques fois de la connerie profonde qui sommeille en chacun. Je m’imagine qu’un gosse de quartier, il égotrip toujours… dans le rap comme dans la vie, riche ou pauvre par ailleurs.

Pendant que les deux hommes discutent de choses “importantes“, je me pose des questions sur mon rôle de “journaliste” qui fait des articles sur “les toilettes en or massif” de Kanye West. Après quelques pater noster, je me remémore une affirmation géniale de la mère (metteur en scène) d’un de mes potes. J’étais invité à dîner chez ses parents. Et l’émission Burger Quiz défilait sur la télévision. Je voulais faire mon bobo éclairé alors j’ai sorti “vous voulez pas éteindre ?”. Et elle a répondu : “Oui si tu veux. Tu sais si tout le monde regardait Arte, TF1 ne ferait pas ses audiences“. Oui on a les journalistes et les programmes qu’on mérite. Et ce n’est pas un jeune de 15 ans “trop underground qui fume depuis 6 mois” qui va me dissuader du contraire même si il ne jure que par Davodka et qu’il fait des freestyles sur “des samples de violon en pensant que son est un classique“.

Je demande quand même à Thierry qui est ce type qui ressemble de loin à un skin. Il me répond que c’est “l’argent“. JR a plus d’un contact dans le monde du Rap. Il peut tout faire, mais il n’avait pas de carburant à cette époque. Alors Sam son ami, a investi dans sa boite. Sur le papier, la boite appartient à JR. Mais en coulisse c’est Sam qui paie. JR entre dans le bureau : “bon on doit sortir ce mec”. Lorsque j’ai commencé ici à la GP, je me disais que j’allais produire le Kendrick Lamar français ou je sais pas moi à la limite, Drake, bon ok Lil Wayne au pire. Et là, JR lui même un peu dépité nous présente l’artiste de Sam, MC Psychopathe. Rien que le blaze me fait rire. Mais non ce n’est pas une blague ! JR comme à l’accoutumé sort et nous laisse gérer le reste. J’ai le temps de parler à Sam. L’habit fait pas le moine. C’est un homme plutôt éclairé, très sympathique, quant à son côté Skin, bah ses enfants sont métisses….

MC Psychopathe débarque le lendemain. Il est pas très grand. Il fait bien entendu dans le gangsta rap. Et il n’est pas mauvais. Sam a l’oreille d’après ce qu’on dit surtout pour les techniciens, et quelques fois pour le buzz. En ce qui concerne, les techniciens, depuis la fin de la vague boom bap en France : “C’est pas facile la vie“. En effet, si vous jetez un coup d’œil à une page Facebook de Rap qui diffuse de la punchline, vous comprendrez très vite que les punchlines qui marchent sont celles concernant “l’amour pour la mère“, “ta meuf est une p*.*” ou “ton pote est un traître” mettant en exergue le complexe d’œdipe du Rap français. MC Psychopathe prend place dans le studio poussiéreux de Thierry qui lui sert pour le moment à écouter du Fauve, son délire mélancolique… Fauve il sait parler au suicidaire et à tout ce qui Paris a engendré de dépressifs.

JR est absent, on gère le bureau nous même. De l’autre côté, Colin, l’associé de JR, le gérant de Hell.com verse dans la communication moderne autant dire de l’escroquerie organisée. Il veut aussi lancer une société de garde d’enfants. Pour le moment, les seuls enfants qu’il garde c’est nous. On passe tous les matins dans son bureau pour faire un “briefing“. Ce genre de chose qui ne sert absolument à rien. Lorsqu’il arrive à moi je sors cette phrase historique : “Ben on continue les articles“. Et il répond : “C’est bien“.

Mais il y a eu un incident. La société Hell.Com n’est pas spécialisé dans le Rap. Un jour un client entre, passe devant le sasse devant les yeux d’un Colin très surpris, il entre dans l’open space. Il me serre la main, et me dit Bonjour Monsieur Colin. Là je lui dis qu’il faisait erreur et que le bureau de Colin était à l’entrée. Il me répond qu’il croyait que c’était le vigile. Bon le Rap ce n”est vraiment pas “Center Park” mais au moins dans notre milieu, un mec à l’entrée un peu brun est pas forcément un vigile. J’ai eu des remontés d’extrême gauche toute la journée.

Le studio ressemble à la caisse “enfumée” d’un personnage de “Scary Movie“, MC Psychopathe et Thierry font des concours de Weed apparemment. Lorsqu’il sort du studio avec ses cheveux en bataille, les yeux rougis par le cannabis, il ressemble de loin à un psychopathe suivi comme il se doit par MC Psychopathe moins affecté que lui par l’herbe et tout ce qui s’ensuit. Colin nous demande de trouver une nouvelle secrétaire tandis que son commercial claque la porte en menaçant les patrons d’appeler la “répression des fraudes“. Il part façon Scarlett Ohara , “Autant on emporte le vent“. On ne s’inquiète pas trop de toute façon ce n’est pas nous, pauvres employés peu ou pas payés, qu’on va “réprimer“. Je lance une annonce sur un site…

Alors Sam revient au studio l’air satisfait. On prend un verre sur la terrasse de la GP dont la table est couverte de quelques vestiges de notre passage chez KFC dans la journée. MC Psychopathe vient de finir son album. JR a réussi. Sortir l’album de l’artiste de Sam lui permet de dormir sur ses deux oreilles pendant quelques temps avant que le label ne rapporte vraiment de l’argent.

Puis le lendemain, on nous appelle. C’est Sam, il me demande si Thierry a envoyé l’album au “pressage“. Après prise d’information, je lui répond que oui, il raccroche. JR arrive au bureau 20 minutes après et demande à voir Thierry. Il a l’air tellement furieux que j’ose même pas le regarder dans les yeux. Thierry a envoyé la “mauvaise version” (pire qu’un son non masterisé) partout du pressage jusqu’aux plateformes.

C’est fini on a plus une tune !

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