Erik Poppe, le réalisateur, rappelle que ce film est une fiction inspirée par les témoignages des victimes (et de leurs proches) du massacre sur l’île Utoya en Norvège le 22 juillet 2011. 

Pour la fiction, on peut trouver une petite parenté avec Hunger Games d’autant plus que le personnage de Kaja, « l’héroïne » de Utoya, 22 juillet a un faux air de Jennifer Lawrence. Mais il a sûrement été assez difficile, même si thérapeutique, pour les acteurs et actrices (tueur inclus) d’endosser les rôles des victimes d’Utoya. 

 

Pour le cinéma, on pourra se rapprocher du film Elephant de Gus Van Sant (palme d’or à Cannes en 2003) inspiré de la tuerie au lycée de Columbine en 1999. Sauf que les deux meurtriers du lycée de Columbine ont été reconnus comme des tueurs de masse et qu’ils ont agi aux Etats-Unis, pays où la législation sur les armes peut rendre celles-ci aussi accessibles que certains produits de consommation courants. (voir le film Les Veuves de Steve McQueen ) 

Dans mes souvenirs, Elephant déroulait une atmosphère en suspension à l’intérieur de laquelle, des lycéens livrés à eux-mêmes se faisaient tuer sans que l’on ait le temps d’apprendre à les connaître un peu. 

Dans Utoya, 22 juillet, le réalisateur humanise davantage ses victimes avant que le terroriste ne démarre son activité meurtrière en tenue de policier. Quelques heures plus tôt, il avait déclenché un attentat à Oslo. Dans le film, on ne verra jamais son visage. On n’entendra jamais son nom. On apercevra sa silhouette, quelques secondes, de loin, depuis le contrebas d’une falaise, vers la fin du film. C’est plus respectueux des victimes et aussi des faits : personne n’a eu l’idée de lui tirer le portrait alors qu’il abattait ces jeunes idéalistes de gauche. 

Même s’il arrive que l’on aperçoive quelques corps inconscients ou blessés, Utoya, 22 juillet s’attache principalement à rester proche des victimes qui se cachent, essaient de comprendre ce qui se passe, fuient ou tentent de prendre des décisions. 

Après dix minutes de détonations par à coups, plusieurs spectatrices et spectateurs (il m’a semblé qu’il y’avait un petit peu plus de femmes que d’hommes) dans la salle ont commencé à soupirer tant la situation était stressante. Quant à moi, depuis mon siège confortable et sécurisé de spectateur, il m’a pris l’envie de saisir une grosse branche d’arbre mort afin d’aller la fracasser sur la nuque de l’agresseur. Non par héroïsme : j’aurais été autant voire plus effrayé que tous ces jeunes d’une moyenne d’âge comprise entre 18 et 25 ans à vue d’œil ( même si le jeune Tobias a sans doute 14-15 ans). Et j’aurais peut-être été en état de choc, en position fœtale, bien incapable de courir pour sauver ma peau sur l’île d’Utoya ce 22 juillet. 

Mais par besoin d’en finir soit pour moi, soit par sacrifice pour d’autres, j’ai eu envie d’attraper une grosse branche. 

A l’image de ces jeunes qui se sont fait tirer dessus comme des pigeons à la foire, les chiffres de ce massacre tombent : Utoya, ce 22 juillet 2011, nous rappelle le film, c’est une tuerie d’une durée de 72 minutes. 77 morts, 99 blessés graves, 300 personnes touchées ensuite par un stress post-traumatique. Le film dure 1h33. C’est bien-sûr 1h33 de trop. Mais ce film, en plus de rendre hommage d’une certaine façon aux victimes et à leurs proches, a au moins deux buts : 

Informer sur les menaces profondes que peuvent représenter les mouvements d’extrême droite qui fondent sur les gouvernements comme sur des plages paradisiaques. 

Prévenir, peut-être, les futures victimes potentielles (et avant eux, leurs tuteurs, éducateurs ou parents) de tout tueur comme de tout agresseur éventuel. 

Cette deuxième partie est peut-être ma façon de me rassurer de manière rationnelle comme le personnage de Petter qui a d’abord besoin de se persuader que l’attaque qu’ils subissent est un « exercice d’entraînement ». Car, il est bien difficile de se préparer à ce genre d’expérience. Comme le précise Jean-Paul Mari dans son livre Sans Blessures apparentes : 

« (….) A l’heure de la survie, plus de jeu social, d’interrogations existentielles. En une heure d’assaut, face au danger, le soldat en apprend plus sur lui-même que pendant des années de bureau ». 

Les jeunes militants de l’île d’Utoya étaient des civils. Et aussi des pacifistes. Pour ce que l’on perçoit d’eux, ils étaient plutôt ouverts au dialogue et optimistes que portés sur le pugilat pour s’affirmer ou survivre. Face à eux, un homme armé, préparé, déterminé, portant sur lui un uniforme représentant l’autorité, qui les prend par surprise sur un lieu isolé ( une île) , plutôt festif, dépourvu de moyens de sécurité comme de repli et où la communication téléphonique est mauvaise. C’est dire l’impasse. 

Et, encore, le fait que les téléphones portables existaient déjà en 2011 a sûrement contribué à diminuer le nombre de morts et de blessés. Pour prévenir ce genre de tragédie, certains préfèrent une présence armée et constante. D’autres, le droit à porter une arme sur soi. 

Je me demande à partir de quel âge et, comment, préparer au mieux son enfant à la survenue possible de certains crimes étant donné qu’être en permanence sur la défensive, c’est aussi l’amputer de son innocence : avoir peur de tout et se méfier de tous, c’est aussi se priver de certaines ressources. Dans Utoya, 22 juillet, les quelques liens sociaux maintenus entre plusieurs victimes, même insuffisants pour se débarrasser de leur agresseur et être totalement solidaires, leur permettent aussi de se soutenir. 

Pour moi, Utoya, 22 juillet, n’est pas un film à aimer : la priorité, ici, n’est pas d’aimer. Mais de le voir afin de réfléchir au genre de vie que l’on veut avoir et sur les modèles que l’on veut défendre ou laisser aux autres, à commencer par soi-même. 

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