Austin TX – « Don’t Mess With Rap »

Pour découvrir ou redécouvrir le rap d’Austin, voici un lien vers une playlist Youtube, sélection balayant les productions récentes et un peu moins d’artistes locaux, sorte de BO accompagnant cet article :
Austin TX – Dont Mess With Rap – Da Playlist

Lorsqu’on fait une recherche sur le rap au Texas, on s’aperçoit assez rapidement qu’il y a comme un trou noir au centre de l’état, et plus précisément à Austin. Dans le même état, une ville comme Houston nous a donnée au fil des années des artistes comme Chamillionaire, Devin The Dude, DJ Premier, DJ Screw, Fat Pat, Kirko Bangz, Maxo Kream, Slim Thug, Z-Ro,… (et tellement d’autres), une ville comme Dallas, MC900 Ft Jesus et Vanilla Ice dans les 90’s, Trapboy Freddy, Fat Pimp, Imaj, Post Malone,… aujourd’hui. Venu d’Austin, connue à travers le monde comme la ville des concerts ? RIEN ! Nelly y est bien né, mais il a déménagé à l’adolescence, Travis Scott y a été inscrit un an à l’université et c’est là qu’il à commencer à rapper « sérieusement » avant d’arrêter ses études… ça fait maigre ! A première vue il semblerait que la ville aux mille concerts ait raté son rendez-vous avec le rap. Si tel est le cas, quelles peuvent être les raisons d’un tel manquement et est-ce irréversible ?
Zoom sur Austin pour essayer de décrypter le phénomène.
Austin (ATX) est la capitale du Texas, une agglomération d’un peu plus de 2.1 millions d’habitants (entre Marseille et Lyon en France). La ville est connue à travers le monde pour ses centaines de clubs/bars donnant des concerts de Country, Blues et Rock tous les soirs.
Depuis 1987, chaque mois de mars voit s’y dérouler le « South by SouthWest » (SXSW), un ensemble de festivals de musique, cinéma et médias interactifs, devenu au fil des ans un des évènements culturels les plus important au monde. Rien que pour la partie musique c’est plus de 2000 artistes qui défilent sur scène dans une centaine de sites en 4 jours !
Austin est également la ville de la célèbre et prestigieuse Université du Texas, c’est un centre majeur de la haute technologie. En dehors des instances publiques, les plus gros employeurs locaux sont des entreprises comme DELL, Freescale Semiconductors, IBM, 3M, Apple, Hewlett-Packard, Google, AMD, Cisco Systems, Ebay, Paypal, Intel, Samsung, … Plus de 85 entreprises pharmaceutiques et de biotechnologies sont également basées à Austin.
C’est donc une ville de musique, relativement jeune, on sait que le rap est la BO de la jeunesse actuelle, et pourtant aucun artiste majeur du game n’est issue de cette ville. Le mystère demeure et il faut sans doute creuser dans le passé récent et la distribution sociologique de la population pour essayer de comprendre.
D’un point de vue sociologique, les statistiques ethniques étant permise aux Etats-unis, on peut facilement constater que la répartition de la population est toute différente, du fait sans doute du haut niveau de qualification des emplois à Austin, en comparaison de Houston / Dallas. Les blancs Y sont presque 70% contre 50% pour les autres, les Afro-Américains 8% contre 25% et les Latinos -Américains 35% contre 44% à Houston et Dallas.
Quelles ont été les incidences des particularités de la ville et de cette clé de répartition si différente sur la formation du rapgame local ?
Comme dit précédemment ATX à la réputation d’être la ville aux mille concerts. C’est une classe artistique géante, offrant en matière de musique une infrastructure et un maillage de concerts incroyable. On ne peut exister musicalement à Austin que via la scène, le live. Pourtant force est de constater que la ville a, de toujours, été très isolée en matière d’art noir. Bien que connue à travers le monde comme la capitale mondiale de la musique live, historiquement aucune infrastructure dédiée au rap n’existait dans la ville. Lors de l’émergence du rap au tout début des années 90, sur les centaines de clubs que compte la ville pour la musique live, un seul, le CatFish Station, est dédié au rap ! Il sera définitivement fermé en 1995 et jamais remplacé.
Capitale de la musique live, oui, mais pour les blancs, dans les quartiers blancs. Les populations métisses, Latino-Américaines et noires, vivent plutôt groupés dans le East-Side, séparés du reste de la population. La fermeture du CatFish va donc ostraciser encore un peu plus cette scène émergente. Pendant une quinzaine d’années les OG’s locaux, Bavu Blakes, Phranchyse, Third Root, DJ NickNack, Tee-Double, DJ Phyfteen, Gerald G, Tray God, vont devoir se grouper pour essayer de constituer des pools financièrement intéressant pour les promoteurs de concerts. La plupart du temps les concerts ont lieu en extérieur, dans des parcs, ou dans des entrepôts loués pour l’occasion. Ce sont des concerts de blacks, pour des blacks dans des quartiers blacks. De cette scène naissante seuls 2 protagonistes arriveront à s’extraire et à passer les frontières de la ville et, parfois, de l’état : Bavu Blakes qui après avoir rappé deviendra Directeur Artisitique musique d’une chaine de télévision importante, et DJ Rapid Ric qui se fera remarquer en produisant des sons pour les voisins d’Houston, Chamillionaire, Slim Thug et Z-Ro.
La renaissance (ou la naissance ?) arrive avec les millénials et internet. L’explosion des réseaux va bien sur favoriser la distribution de leur musique en direct, mais surtout les libérer de la contrainte des labels, des tourneurs, des promoteurs, des agents, pour organiser des concerts (Austin oblige !) et se faire connaître. Cette génération émergente s’affranchit des codes grâce à Soundcloud et Instagram. Via ces deux médias les jeunes rookies organisent et vendent des billets pour un nouveau format de live qu’ils se sont créés sur mesure, des micro-concerts (sorte de concert à la maison), et développe ainsi leur notoriété.
Il y a donc une explication sociologique évidente à ce « retard » à l’allumage entre Houston/Dallas et ATX. Austin est une ville majoritairement blanche, au niveau de vie assez élevé (industrie de pointe et de haute technologie), les communautés ethniques vivaient séparées avec très peu de perméabilité entre elles, les infrastructures dédiées au rap étaient inexistantes jusqu’à l’émergence des réseaux numériques.
Au tournant des 2010, les premiers à bénéficier de ces conditions plus favorables à la naissance d’une vraie scène locale seront les « grands-frères » d’aujourd’hui, Dirty WormZ, Ligue of Extraordinary Gz, Riders Against the Storm, Zeale (à ne pas confondre avec Zeale jeune rappeur californien actuel, confusion entretenue par de mauvais référencements sur YouTube), suivi de près par la génération millénial qui, elle, semble s’affranchir de toute contrainte et être prête à s’exporter bien au-delà des frontières du Texas.
Le premier exemple est bien sûr le désormais célèbre producteur, Eric Dingus (qui est né et a grandi à Austin) et qui après avoir produit des sons pour Gangsta Boo, Xavier Wulf, Bladee ou Bones a signé un contrat avec OVO Sound et produit désormais des sons pour Drake et son écurie.
Plus récemment (une paire d’année) est apparu un OVNI de 17 ans, Quin NFN, qui avec son flow de kalash et son énergie n’a pas mis longtemps à caracoler dans les charts, permettant ainsi de braquer un peu les spots sur la scène locale (dont il est l’emblème et la locomotive) désormais foisonnante. Le rookie qui semble promis à un bel avenir, a clairement compris et assimilé tous les codes, il suffit de regarder les scores réalisés par ses vidéos (en dizaines de millions de vues) pour s’en convaincre.
Tout une génération se trouve dans son sillage, prête-elle aussi à en découdre. On peut citer The Teeta, WhoKilledKenny, Cyph Mike, J. Soulja, Rone NFN, Dowrong, …
Dans le même temps une vraie scène « underground » est en train elle aussi de prendre de l’ampleur. Derrières les « OG’s » de Kaotic Klique (présents dans le genre depuis 2012 soit 2 ans avant les célèbres cousins de La Nouvelle Orléans), on pourra remarquer par exemple OldGod, Kydd Jones, Sxape, Elon Degenerate, Philos & Flobama, Lil Milez, … dans des genres assez différents mais que l’on sent véritablement en recherche.
On vient de le voir une vraie scène rap est en train d’éclore, de s’affirmer, de se faire connaitre, brisant les frontières géographiques, culturelles et sociologiques, et il y a fort à parier que prenant racines dans une ville historiquement « bizarre » d’un point de vue artistique, avec un tel historique de « naissance », très prochainement c’est d’ Austin, à l’instar de Houston ou Dallas hier, que pourrait sortir les nouvelles locomotives et un son nouveau, propre à cette ville folle, à même de marquer le game pour les 10 ou 15 ans qui suivent. Alors gardez les yeux braqués vers cette ville, fouillez dans ses sous-sols, suivez la nouvelle génération, car c’est quasiment certain : Austin don’t mess with rap.

Previous articleSweet Sweden : Soirée Suédoise “Underground” ?
Next articleTop Boy : le drug game à la sauce british
Daron de l'indé j'ai participé dès le mileu des 80 à l'aventure New Rose. Venant du punk, du hard-core, du metal, du post-punk et de la EBM, j'essaie modestement d'apporter ma pierre au rap game en proposant quelques prods aux oreilles ouvertes aux sons différents. Régulièrement je tape des collabs avec des artistes plus ou moins connus de la scène rap underground... Accessoirement j'aime écrire ce que je ressent à l'écoute de projets nouveaux, ou sur des sujets plus lourds. Ceux qui me suivent sur les réseaux sociaux le savent : - si j'aime j'en parle. - Si je n'aime pas , je ne dis rien (la création artistique est suffisamment compliqué sans en ajouter...). - Ce n'est pas parce que je n'ai pas aimé que je n'en parle pas (ça demande du temps et du recul... pas toujours évident). Mon crédo de producteur: "Le métal en fusion se diffuse dans tes veines, départ pour un lent voyage sur le dos du dragon, ta barque frêle sur une rivière de Lean, aux frontières ténues entre le trip, la folie, le white-light, en lisière de la mort... Vous l'aurez compris mon univers est dans l'underground, les projets sombres, barrés, froids, putrides... ce qui n'exclue pas qu'à l'occasion je puisse me pluger sur des projets beaucoup plus mainstream... question d'humeur, de météo, de rencontre... c'est la passion qui me guide.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here