Il se définit lui même comme une “Machine” ou comme un “OVNI“. En 2014, le rappeur marseillais dévoilait l’album “Dans Ma Paranoïa” sans que personne n’y croit vraiment. Un animateur radio nous a confié que lors de sa première radio sur une onde locale de l’Est Parisien, personne ne croyait vraiment en son talent. Une fois son passage terminée, certains membres du personnel de la radio étaient hilares. Cependant, dès le lendemain, des demandes affluent pour connaître le nom de cet artiste inconnu qui vient d’être diffusé.

A cette époque, Jul bastonne sur l’autotune alors que les gardiens du temple en on fait l’ennemi numéro 1 du rap français. Le “Noble Art” décrit par IAM dans ce featuring avec Method Man et Redman serait-il sur le point de prendre le chemin aride de l’entertainment.

Près de 6 ans plus tard en 2020, l’autotune fait partie de l’arsenal technique d’un rappeur. Depuis les amateurs de Cloud qui en font un usage intensif, jusqu’aux trappeurs qui font appellent au vocoder pour leur refrain, l’autotune ne s’est pas démocratisé, il s’est tout simplement généralisé.

C’est assez bien résumé. Car B2O introduit l’autotune en France avec “0.9″ un album honni qui finira par être apprécié avec le temps. Puis Jul c’est l’explosion. Le mois dernier, l’OVNI dévoile son vingtième album en 6 ans. Tous ces albums (payants et non gratuits) ont été au moins certifiés or sinon ou de platine, et “My World” est disque de diamant. Mieux encore, son ingénieur du son déclare dans un sujet sur Kombini qu’il réalise des compositions instrumentales en moins de 5 minutes. Dernièrement de passage sur Skyrock, le rappeur a déclaré qu’il avait réalisé une vingtaine de titres en studio depuis la compo jusqu’à l’interprétation en une journée.

Pour comprendre ce phénomène, il faut bien comprendre que comme l’a remarqué Mouloud Achour : Jul a lancé un style musical. Un peu comme la Cloud avec PNL, la Trap avec Kaaris, il est le padre d’un genre à part en France. Et contrairement à la Cloud ou à la Trap, il n’y pas vraiment de “son à la jul” aux Etats Unis. Ce savant mélange de reggaeton avec une bonne dose d’autotune et des lyrics très subjectiviste. Avec Jul on voyage “en lui même” et surtout en rythme. En 2014, quand Jul commence sa grande aventure, c’est l’apogée de la Chicha. Jul c’est un format qui passe partout et surtout pour faire la fête.

Si on y regarde bien malgré le talent indéniable de son fondateur. Le “son à la Jul” est toujours fondé sur le même schéma (presque toujours) : une rythmique reggaeton, une instrumentale chargée unique en son genre, des propos subjectifs et minimalistes, et une bonne dose d’autotune. Ce format, Jul le maîtrise à merveille. Selon certains témoignages il aurait des milliers de titres en stock. Ce qui explique sa grande productivité.

Aujourd’hui le rappeur marseillais a vendu plus d’albums qu’aucun autres rappeurs français. Sa productivité n’explique pas tout. Iam et MC Solaar ont commencé bien avant lui.

Et n’en déplaise aux gardiens du temple, “le rap n’était pas mieux avant“. Notre regard de quadra désabusé sur Jul est le même que celui des quadra d’une autre époque qui méprisaient notre rap, c’est le même regard que que l’on portait sur le rock dans les 70′ et la Pop dans les 90′. Qu’on le veuille ou non la musique est générationnelle et c’est à notre tour d’être “des vieux cons“. Alors on pourra toujours se consoler en passant en boucle les artistes d’aujourd’hui qui respectent nos codes de l’excellence. Mais on est aussi con qu’un Zemmour en quête d’identité gauloise.

Jul a industrialisé le Rap à l’ère du numérique. Elle sont bien à Marseille “Les Cités D’or”.

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