Introduction / direction artistique
Le nouveau projet “L’Éveil” marque une nouvelle étape dans le parcours de Flem. Un projet conçu dans un état d’esprit particulier, presque comme un premier album :
“J’étais dans un état d’esprit de premier album. Faire les choses comme si c’était le début… ou la fin, peu importe. Sans calcul, sans chercher à coller à une tendance, mais en étant connecté à l’instant, au présent.”
Si son précédent projet était fortement marqué par une influence malienne, Flem refuse pourtant l’idée d’une rupture artistique :
“En réalité, ce n’est pas si différent. En dix ans, je suis allé six fois au Mali. Ce pays est présent dans tous mes projets. Toutes les musiques qu’on écoute aujourd’hui sont liées à l’Afrique, que ce soit le rock, le rap ou même l’électro.”
Avec “Nomades”, réalisé notamment aux côtés de Vieux Farka Touré, l’artiste explorait une démarche presque entièrement musicale et culturelle. Avec “L’Éveil”, il revient davantage vers quelque chose de plus personnel :
“Le Mali est toujours là, tout comme la France. Ma musique reste métissée.”
Pour lui, il n’existe d’ailleurs aucune opposition entre évolution et continuité :
“Tout est continuité. Même la rupture en fait partie. Le mélange est infini, comme en cuisine. Il faut juste le faire avec goût. L’Éveil, c’est une évolution.”
L’introspection occupe également une place essentielle dans le projet :
“Tous les sujets que j’aborde sont personnels. Mes voyages, ma vie en France… tout ça fait partie de moi. Dans chaque œuvre, l’artiste laisse une part de lui-même. L’introspection et la remise en question sont essentielles. L’Éveil, c’est juste Flem en 2026.”
Construction du projet
“L’Éveil” est né de manière particulièrement instinctive, sans concept rigide ni direction préétablie :
“En studio, très simplement. Certains textes ont été écrits directement sur la musique, d’autres existaient déjà. Il n’y avait pas de vision globale définie, juste l’envie de faire ce que j’aime, sans m’enfermer dans un style.”
Une approche qui explique aussi pourquoi les médias peinent parfois à catégoriser l’artiste :
“C’est justement pour ça que les médias ont parfois du mal à me cataloguer… et moi aussi.”
Le travail créatif débute souvent avec le pianiste Mattias Mimoun :
“Je pose des mots, lui des mélodies, du rythme. Le travail démarre comme ça.”
Influencé par le rap des années 2000, Flem conserve également une vraie culture de l’album :
“À l’époque, les singles existaient mais faisaient partie d’un projet global.”
Musicalité & évolution
Rap, trap, morceaux chantés : la diversité reste au cœur de son identité artistique :
“La diversité, c’est mon créneau. Si je reste au même endroit, je m’ennuie.”
Son écriture, elle, repose davantage sur le rythme et le placement que sur une logique purement mélodique :
“Je joue avec les mots plus qu’avec les notes.”
Cela explique également ses nombreuses collaborations avec des chanteurs et chanteuses capables d’apporter une autre texture à sa musique.
Concernant la notion de “musique urbaine”, Flem se montre particulièrement critique :
“Il y a la bonne musique, et le reste. Le style importe peu.”
L’artiste dénonce également certaines logiques de classification présentes dans l’industrie musicale :
“La pop, c’est Vianney parce qu’il est blanc, et Gims devient ‘urbain’ parce qu’il est noir ? Le racisme a une vraie place dans l’industrie.”
Le Mali & identité
Le lien entre Flem et le Mali est né presque par hasard :
“Tout est parti d’une amitié. Un pote du lycée m’a proposé de venir chez sa famille au Mali après le bac.”
Mais la puissance de la culture musicale malienne a profondément marqué son parcours :
“Quand tu découvres la culture musicale malienne, tu ne peux pas rester insensible.”
Collaborations
Sur “L’Éveil”, Flem a choisi d’inviter deux artistes : Manda Sira et Ladj.
Ladj, rencontré à Tombouctou lors du “Festival au désert”, évolue dans un univers reggae et collabore notamment avec Manjul et l’équipe de Danakil.
Manda Sira, rencontrée durant la tournée “Nomades”, représente selon lui :
“Une forme de modernité dans un héritage ancestral.”
L’artiste prépare actuellement un premier EP produit par des membres du groupe Amadou & Mariam.
Le choix des invités repose avant tout sur des critères humains :
“Le talent, et l’humain.”
Production & studio
Le projet a été conçu avec la structure 123 Test au studio Planète Sun à Puteaux, un lieu historique où sont passés des artistes comme NTM, 4MyPeople, Sniper ou encore Dosseh.
Flem s’appuie également sur l’ingénieur du son Geoffrey Ferreira, ainsi que sur le travail musical de Mattias Mimoun et du beatmaker Medhi Zehar.
Avec le temps, sa vision artistique est devenue plus précise :
“J’aime autant ce qui se fait maintenant que les anciennes sonorités.”
La scène
La scène reste centrale dans son identité :
“Je me suis construit sur scène, toujours avec des musiciens plutôt que des DJs. C’est ma force.”
À une époque dominée par les performances assistées, Flem revendique une approche beaucoup plus organique :
“Pas de backeur, pas d’autotune. Sur scène, tu ne peux pas tricher.”
Parmi les moments récents les plus marquants, il évoque la release party organisée au Nouveau Cap à Aulnay-sous-Bois, une salle emblématique où sont notamment passés Kery James et Souffrance.
Ouverture
En parallèle de la musique, Flem a également publié un livre intitulé “Le retour de Niafounké”, dans lequel il raconte son lien avec le Mali, ses voyages et sa rencontre avec Vieux Farka Touré.
L’ouvrage revient aussi sur l’enregistrement d’une partie de son premier album sur place. Le livre est disponible à la FNAC ainsi qu’en librairie.
Question finale
Au fond, que signifie réellement “L’Éveil” pour Flem ?
“C’est être connecté à soi-même, au présent. Ne pas tricher avec ce que tu es. L’Éveil, c’est simplement Flem, aujourd’hui.”


