Seth Gueko n’a plus rien à prouver. Au fil des décennies, le rappeur a façonné une identité artistique singulière, immédiatement reconnaissable et jamais réellement imitée. Sa force réside avant tout dans un phrasé hors norme, une manière unique de manier les mots. Si certains hésitent à rapprocher son univers de la poésie, au regard de la crudité de certains propos, Professeur Punchline demeure pourtant un véritable artisan du verbe, dont la précision et la richesse ont rarement trouvé d’équivalent. Héritier d’une génération exigeante, il en prolonge l’esprit tout en y ajoutant ce supplément d’âme qui fait la différence : un bagout naturel, une énergie brute et une posture profondément iconoclaste.
Fidèle à lui-même, Seth Gueko n’a jamais quitté le paysage rapologique, sans jamais évoquer l’idée d’un retrait. Mieux encore, il continue d’alimenter son univers avec spontanéité, notamment en revisitant certains de ses classiques. C’est dans cette logique qu’il remet en lumière son titre de 2015 « Titi Parisien ». Avec « Titi Parisien 2 », il fédère une nouvelle fois la scène parisienne en conviant les kickeurs les plus affûtés à venir poser leurs couplets sur ce morceau devenu culte. Déjà, le premier remix réunissait des plumes majeures comme Nekfeu et l’incontournable Oxmo Puccino, figure respectée pour la finesse de son écriture. À travers ces initiatives, Seth Gueko célèbre un rap qu’il défend depuis ses débuts : exigeant, incarné et profondément ancré dans la culture.
Dans cette continuité, il dévoile un nouveau single en collaboration avec les X-Men et Jungle Jack. Véritables pionniers du mouvement, les X-Men incarnent une époque où le rap français se construisait encore en marge, loin des standards actuels. On les aperçoit notamment aux côtés de Hill-G sur le titre « Le nombre d’or » de Fa-Dany, extrait du projet Musique de Chambre. Une présence qui rappelle leur rôle fondateur dans une période où le rap n’avait pas encore franchi les barrières sociales. Aujourd’hui, alors que le genre est devenu une industrie dominante, passée du walkman à l’iPhone, Seth Gueko et ses invités opèrent un retour aux sources en revisitant un classique de Mad in Paris, qu’ils transforment en un remix intitulé « Blues Brother ».
Seth Gueko et les X-Men revisitent « Paris a le blues »
La production du morceau est confiée à Rhum One, un beatmaker déjà familier de l’univers de Seth Gueko, avec qui il avait collaboré sur « Les Jokers ». Ici, l’instrumentale puise directement dans l’ADN du titre original « Paris a le blues » de Mad in Paris, dont la composition était signée Stan Loubières. Le résultat oscille entre une nostalgie old school sur le refrain et des nuances jazzy dans les couplets, offrant un contraste rafraîchissant face aux standards actuels dominés par la trap et la drill. À contre-courant des formats calibrés pour les charts, le morceau s’impose comme une respiration, une parenthèse où l’écriture reprend toute sa place.
Les artistes s’y illustrent avec des punchlines marquantes :
“Enfant du rap, à la sauce Gabin, si la pensée passe par l’esprit, la bastos passe par l’os crânien”
“T’es seul face au PSG en Champions League, dis bonjour à ton coach”
Puissant et habité, le titre rend un hommage sincère à ce noble art qu’est le rap, rappelant qu’au-delà des évolutions sonores et des tendances, l’essence même du genre réside toujours dans la force des mots et l’authenticité des interprètes.


