Jusqu’à une époque récente, les séries télévisées étaient un art mineur dans le microcosme de l’audiovisuel. Après la sortie des séries “Oz” et “The Wire”, la dernière étant showrunné par l’excellent David Simon qui a réalisé une véritable investigation avant de se lancer dans la composition de ce tableau si fidèle à la réalité, le genre est rentré dans une autre galaxie. Depuis plusieurs années, avec HBO (Game of Thrones), Showtime (Dexter) et bien sûr Netflix, la série écrit ses lettres de noblesse.

La sitcom de “HighSchool” américaine est un genre à part. Depuis ses débuts avec “Beverly Hills” et sa clique d’adolescents richissimes et sans problème ou presque (dur de choisir entre Steeve et Brandon quand on s’appelle Kelly) qui ont baptisé toute une génération de Beaufs (qui appellent leurs enfants Kevin,Brandon ou Jordan) , en passant par “Hartley Coeur à Vifs”, série australienne donc plus Trash mais gentillette (quand on soigne Drazic pour toxicomanie parce qu’il fume un joint on frise le puritanisme), jusqu’à bien sûr “Riverdale” de Netflix qui est un bonbon rose assumé et rempli de clichés (presque un exercice de style pour certain), ce genre a ses codes.

Premier code, les jeunes adolescents prépubères de 15 ans ressemblent tous à des mannequins, limite acteur de porno pour certains, et n’ont pas l’air de devoir présenter leur carte d’identité à l’entrée en boite. Autrement, ce genre est destiné à faire rêver vos têtes blondes (ou brunes) boutonneuses donc les personnages sont assez fades, très cool selon les standards de l’époque, un peu artiste. Leur “problèmes” insurmontables vont du problème de drogue douce, au problème de couple, récurrent dans ce genre de série. A vrai dire, lorsque l’un des protagonistes est infidèle à l’un des héros, on atteint le paroxysme dans le nœud dramatique de la série. Tout un programme. A voir tous ces mâles alpha gonflés aux stéréotypes, et ces nanas de “16 ans” qui feraient pâlir de jalousie Anna Polina, on comprend pourquoi le suicide ou le meurtre de masse est si fréquent aux USA (ndlr : c’est une blague).

Avec “13 Reasons Why” dont la première saison est sortie en 2017, c’est la fin d’un cycle. Même si la série ambitieuse qui traite du harcèlement scolaire et du suicide reste cantonné à un certain déroulement très “sitcom”, elle se place aux antipodes des séries pour ados ordinaires. “Little Pretty Liars” sorti quelques années auparavant emmenait la jeunesse dans un délire complètement imaginaire traitant au passage de quelques fantasmes ordinaires (comme le fait d’avoir une relation avec son professeur) mais son univers n’avait aucune emprise sur la réalité. Avec “13 Reasons Why” porté par une bande d’acteurs bien “coiffés” et “assez parfaits” en apparence, le spectacle amicale de la série pour ados ordinaires laissent place à un véritable drame que beaucoup d’adolescents ont à affronter surtout dans l’univers ultra compétitifs et superficiels des “Highschool” américaines. Suicide, toxicomanie, dopage, homosexualité refoulé voyeurisme, tout était pourtant si rose. La première réussite de la série est de créer un décalage monstrueux entre l’apparence très “bon enfant” de ce lycée où prospère fatalement le drame de  la réalité. Ce fossé se creuse encore plus avec le choix des acteurs qui physiquement ne sont pas si différents d’une série type “Beverly Hills” : Sportifs, Pom Pom Girl, Geek, et Boloss. Tous se donnent le ton mais les codes ont changé. Cette “apparente réalité” où tout se passe à merveille est magnifiée par une photographie qui elle aussi s’empare des codes de la sitcom “HighSchool”. Oui en apparence c’est la même chose mais le ton est terrible.

Deuxième réussite de la série, le concept très original des “cassettes”. Pour vous faire un pitch assez simple, Anna Baker s’est suicidée après avoir subie un harcèlement quotidien dans sa “Highschool” si parfaite. Cependant, elle a laissé 13 cassettes avant de se donner la mort qui explique à chacune des 13 personnes qui ont compté (d’une manière ou d’une autre dans sa vie) les raisons de son geste. Porté par des réalisateurs fabuleux dont le grand Greg Araki auquel on doit quand même le film le plus déluré du monde (“Kaboom”), le drame se déploie devant nos yeux. Et si le petit drame d’Anna Baker paraît bon enfant à ses débuts, la tension monte, et on se vautre dans l’incompréhension dans les derniers moments de sa vie. Sans aucun doute, la dernière réussite de cette série est de rendre le personnage d’Anna Baker si sympathique. On s’attache autant à Anna Baker dans “13 Reasons Why” qu’à Scarlett Johanson dans “Lost in Translation”.

Bien sûr, la série n’est pas aussi forte qu’un “Virgin Suicide” de Sofia Coppola, pas aussi “Trash” qu’un Larry Clark, mais elle aura rempli son objectif, peindre un autre tableau de la jeunesse américaine. La deuxième saison vient de débuter sur Netflix. Résistera t-elle à la disparition des cassettes, et à l’effet “Mainstream” qui guette chaque série qui fait un “carton” la première saison.

 

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