Un an après la sortie de « L’École du micro d’argent » en 1997, monument signé par IAM, la Fonky Family dévoile « Si Dieu veut ». À cette époque, le rap n’était pas encore le genre dominant en France. Certains parlent aujourd’hui d’un véritable « âge d’or du rap français ». Et pourtant, vingt ans après avoir marqué l’histoire avec son groupe, Le Rat Luciano revient dans un paysage où le rap et la musique urbaine règnent désormais en maîtres. Paradoxe de l’époque : jamais le rap n’a autant prospéré que depuis qu’il s’est éloigné de ses fondations. Dernière contradiction, la France elle-même : les rappeurs n’ont jamais été aussi populaires alors que le pays est traversé par des idéologies extrémistes que le rap a toujours combattu.
On ne présente plus Le Rat. Au sein de la Fonky Family, il s’imposait déjà comme l’une des plus belles plumes du rap français. Ses fulgurances dans « Si je les avais écoutés », le classique « Sans rémission », ou encore « La furie et la foi », sans oublier « L’Amour du risque », extrait de la première bande originale de Taxi, ont marqué toute une génération :
« Je suis aux anges
En disant que je viens de là où les gens sont dangereux
Entre amoureux du risque on se comprend. »
À partir de 2015, Luciano réapparaît progressivement, invité sur plusieurs projets prestigieux. Mais c’est surtout grâce aux projets collectifs de Jul et aux titres « Je suis Marseille » et « Sous le soleil » que Le Rat Luciano retrouve une visibilité massive, au-delà du cercle des puristes. Dans « Sous le soleil », il livre un couplet mémorable, véritable capsule d’un Marseille d’autrefois, celui des cartes postales plutôt que des faits divers :
« Mes larmes sont les gouttes d’encre mais j’écris sur cristaux liquides
Après quelques shots, j’nous r’vois young
Une des plus belles vies d’voyou, 1980-quelque chose
Par ces temps-là, on était bien libres comme l’art
X temps après, c’est zéro peine comme l’arme, mon silence comme larme
Pa-pa-pim, homme à terre, décès »
Cette année, l’artiste revient avec l’album « Magma », pressenti comme une nouvelle pierre angulaire de sa discographie. Le rappeur originaire de Marseille dévoile le morceau « Au nom de », un titre électro-pop, loin du son qui a forgé la légende de la FF. Pour ce retour, Le Rat refuse de recycler le passé : il avance, sans nostalgie.
Le Rat Luciano retourne au micro avec « Au nom de » !
La production du morceau est signée BBP. Membre de QLF, le beatmaker est à l’origine de certaines des plus grandes réussites de PNL, comme « Naha », « 91’s » ou « Deux frères ». Il a ensuite collaboré avec une large palette d’artistes : Vald sur « Dieu Merci », DA Uzi sur « WeLaRue 10 », ou encore Souffrance et Soprano sur « Compte double ». Sa production électro-pop, nerveuse, portée par un BPM très élevé, offre à Le Rat un terrain inédit où il déroule un couplet parfaitement cadencé. Rares sont les rappeurs de sa génération à s’aventurer sur ce type de sonorités. L’électro et le R’n’B ont longtemps été mal perçus par les anciens. AKH ne déclarait-il pas dans « C’est ça mon frère » : « D’toutes façons ses projets ils sont pourris, Electro Cypher ? D’la techno de merde, nourri par IAM jamais d’la vie ». Pourtant, Le Rat embrasse pleinement cette direction, livrant un morceau incandescent :
« On pleure l’amour de la Marianne
L’cœur en granite, pourtant, c’était d’la guimauve
Mets toute la vie à s’battre comme Abdouraguimov
Ça t’éteint pour briller comme diamond »
puis :
« Tout a un prix, guet-apens, papa, pim
C’est plus la République, c’est l’Amérique
On n’a que c’qu’on mérite, ennemi public n’était pas Mesrine
Ouais, c’est nos lois, pas celles du bouquin »
Le visuel accompagnant le titre, où Le Rat Luciano apparaît dans un studio futuriste avant de s’embraser, est signé Baptiste Guilmard. Le réalisateur enchaîne les projets majeurs, parmi lesquels « Solaar pleure » pour MC Solaar ou « Mirage » pour B.B. Jacques.
