Disiz et Kid Cudi dans les nuages avec “Try Try Try” !

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C.E.O HELL SINKY, author, journalist, documentary

Disiz s’impose depuis ses débuts comme un artiste profondément attaché aux concepts et aux exercices de style. Il y a plusieurs années, il marque les esprits avec un triptyque devenu emblématique, composé de “Lucide”, “Extralucide” et “Translucide”, trois projets résolument ancrés dans une esthétique rap exigeante. Avec “Pacifique”, le rappeur amorce ensuite un virage pop audacieux, qu’il délaissera quelques années plus tard pour revenir à une approche plus brute avec “Disizilla”. Une trajectoire artistique à mille lieues de ses débuts chez Nouvelle Donne, où il signait un premier succès marquant avec une relecture rap du film “Chute Libre” avec Michael Douglas, à travers le titre “Je pète les plombs”.

Au fil des années, Disiz affine son écriture et enrichit son univers en y intégrant un storytelling psychologique de plus en plus affirmé. Le projet “L’amour” en est une parfaite illustration, explorant avec finesse les différentes phases d’une relation amoureuse. L’artiste y injecte une dimension intime, mêlant vécu personnel et narration artistique. Cette démarche n’est pas nouvelle : dès 2015, il dévoilait “Rap Machine” en posant avec ses enfants sur la cover, brouillant déjà les frontières entre vie privée et création. Le Disiz de 2022, porté par “L’amour”, impose définitivement cette approche narrative comme colonne vertébrale de son œuvre.

En septembre 2025, il signe un retour remarqué avec “Ton ventre”, un morceau à la fois intime et symbolique, dédié à sa mère autant qu’à sa dulcinée. Entre complexe d’Œdipe assumé et exploration des liens affectifs, Disiz propose un titre atmosphérique, sublimé par un visuel chargé de sens. Dans cette continuité, le projet “On s’en rappellera pas” développe une esthétique vaporeuse et introspective. Destiné à atteindre le disque d’or, à l’image de “L’amour”, il s’entoure d’artistes comme Theodora, Laurent Voulzy et Kid Cudi. C’est notamment à travers le visuel de “Try Try Try” que cette direction artistique prend toute son ampleur, les deux artistes évoluant au-dessus de la Philharmonie dans une atmosphère aérienne et onirique.

Disiz et Kid Cudi dans les nuages avec “Try Try Try” !

La composition instrumentale du titre est signée LucasV. Ce beatmaker multi-instrumentiste d’une trentaine d’années s’inscrit comme un collaborateur régulier de Disiz, avec qui il a notamment façonné des morceaux comme “Rencontre”, “Sublime” et “Casino”. Il collabore également avec Luthier. L’instrumentale, aux accents pop subtilement teintés des années 80 dans ses sonorités — davantage que dans sa rythmique —, déploie une texture vaporeuse qui laisse toute la place à l’interprétation vocale.

Sur ce morceau, Kid Cudi et Disiz privilégient le chant au rap, installant une atmosphère introspective et suspendue. Disiz y retrace son parcours avec une sincérité désarmante, loin de toute posture :

“J’recroise ce gars, j’lui dis : “J’te raconte pas
C’qui s’est passé, c’est vraiment dark, toute une histoire”
Accroche-toi si t’es pas d’taille, si t’es largué, mets-toi dans l’time”

Kid Cudi, fidèle à son univers introspectif, adopte une tonalité similaire :

“Had so much darkness inside my life, felt so low
The nights alone at home, I prayed up high
Catch me in a zone, got, got my own shit”

Le visuel, tourné à la Philharmonie, se distingue par un noir et blanc élégant et une esthétique profondément onirique. La réalisation est signée Thibaut de Longeville. Si son nom ne vous évoque rien, c’est sans doute que vous étiez éloigné de la scène européenne ces dernières années. Il est notamment à l’origine du remarquable documentaire consacré à DJ Mehdi, diffusé sur Arte, unanimement salué par la critique et les professionnels. Un projet à l’image de son sujet : à la croisée du rap et de la French Touch, porté par une figure majeure de la scène parisienne.

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