
Assassin revient avec « Légende Urbaine » et l’album Intelligence Artisanale
June 27, 2026
Dans l’histoire du rap français, Assassin n’est pas seulement un groupe : c’est une pierre angulaire. Au milieu des années 80, Rockin’ Squat et Féfé (Flogi Solo) posent les premières bases, épaulés par Docteur L, DJ Clyde et DJ Duke. On parle souvent de « pionniers » ou d’« âge d’or », mais rarement avec la profondeur nécessaire pour comprendre ce que leur arrivée a réellement changé.
Dès ses débuts, Assassin impose une esthétique radicale : scratchs aiguisés, rap technique, écriture corrosive. Leur musique reflète l’époque, mais leur discours la dépasse largement. Rebelles, anti‑matérialistes, profondément politiques, ils dénoncent les injustices — qu’elles soient françaises ou internationales — et s’attaquent aussi bien aux violences policières qu’aux dérives du pouvoir américain. Leur premier album, visionnaire, porte déjà une conscience écologique que peu de voix défendaient alors.
Ce qui distingue Assassin, c’est cette dimension révolutionnaire. Une parole universaliste, fédératrice, que seul Rockin’ Squat a su prolonger en solo :
« Je ne veux pas de leader, mais un monde qui m’inspire Je ne veux pas de pays, mais un enfant qui sache sourire » — Assassin, L’Odyssée suit son cours
Et cette lucidité sans concession :
« Exemple l’URSS, ou pire le Sud des Amériques Plus de choix, que choisir entre la peste et le choléra ? Voilà quand on ne baisse pas son froc devant les USA ! »
Plus de vingt ans après Touche d’espoir (2000), le groupe revient avec Intelligence Artisanale, un projet qui résonne dans une époque où la robotisation s’impose partout. Rockin’ Squat, fidèle à sa ligne, n’a jamais cessé de rapper. Sur le Mouv’, chez Pascal Cefran, il résumait leur démarche : « Quand on a vu que le hip-hop n’existait pas en France, on a décidé de devenir le courant radical, social et politique. »
Le retour d’Assassin avec “Légende Urbaine”
Le groupe dévoile aujourd’hui Légende Urbaine, premier extrait de IA. Un retour puissant, ancré dans l’héritage des années 80 mais tourné vers l’avenir.
La production est signée Docteur L, architecte sonore du groupe. On lui doit des classiques comme « Je glisse », « L’État assassine » ou « Shoota Babylone », mais aussi des titres marquants pour Passi (« Il fait chaud ») et Stomy Bugsy (« La guerre du rap »).
Avec Légende Urbaine, Assassin renoue avec l’essence boom bap : scratchs précis de DJ Nix’On, chœurs de Steve B. Rock & Bazin Mado, ambiance brute et organique. Une esthétique assumée, loin de l’autotune omniprésent dans le rap actuel.
Le message reste intact :
« Ouais, c’est nous Shoota Babylone, c’est nous l’État assassine C’est nous le hip-hop dans toute sa splendeur C’est nous le kif de ta daronne, c’est nous les vraies racines C’est nous qui avons fait ce hip-hop plein d’grandeur Laisse à la vie la magie qu’elle mérite »
Et cette indépendance farouche :
« J’ai l’indépendance d’une escorte, ne l’oublie pas Je n’suis pas un produit d’maison d’disques, je n’suis pas leur chienne Ouais, j’suis old school mais loin d’être vieillissant »
Le visuel, signé Sacha Arethura, recompose les débuts du groupe en mêlant archives et images contemporaines, probablement générées via intelligence artificielle. On y retrouve la danse, le graffiti vandale, l’énergie brute du hip-hop originel. Sacha Arethura avait déjà marqué les esprits avec « Hood » de Lus Resval et Savage Toddy, ou « NY Network » de Rockin’ Squat.