Les 25 ans et l’Olympia
Question :
Tu viens de célébrer 25 ans de carrière sur la scène de l’Olympia.
Qu’est-ce que ça fait de retrouver le public après toutes ces années, dans un lieu aussi symbolique ?
Réponse – Pit Baccardi :
Retrouver le public est toujours un immense plaisir. Le contact direct avec les gens est ce qu’il y a de plus excitant pour un artiste, et cela passe avant tout par la scène.
J’avais une vraie appréhension : cela faisait quinze ans que je n’étais pas remonté sur scène. Je pouvais m’attendre au meilleur comme au pire. Heureusement, c’est le meilleur qui a pris le dessus.
Cela a été un véritable moment de célébration, très fort émotionnellement.
Afrique, racines et vision business
Question :
Depuis 2020, tu es directeur de Universal Music Africa et fondateur du label Empire Company au Cameroun.
Est-ce avant tout un retour aux racines ou un choix stratégique lié au dynamisme du marché africain ?
Réponse – Pit Baccardi :
Quand je retourne en Afrique, ce n’est pas une stratégie. C’est un besoin personnel, un besoin de me retrouver avec moi-même et de me ressourcer.
Aujourd’hui, je parle de première et de seconde partie de carrière. Dans la première, je me suis énormément investi. À un moment donné, j’ai ressenti le besoin de lever le pied artistiquement, sans pour autant couper avec la musique.
C’est pour cette raison que j’ai créé Empire Company au Cameroun il y a une dizaine d’années : pour rester connecté à la création et produire des artistes. Avec le temps, c’est devenu une véritable plateforme.
L’Afrique est aujourd’hui une économie musicale en construction. Elle n’est pas encore équivalente à celle de l’Occident, mais elle est clairement en marche.
L’exemple d’Himra
Question :
La réussite d’un artiste comme Himra confirme-t-elle que l’avenir du business musical se joue de plus en plus en Afrique ?
Réponse – Pit Baccardi :
L’Afrique a toujours été un carrefour musical majeur. Si on en parle davantage aujourd’hui, c’est parce que le rap est concerné, mais le continent a toujours été central : le Congo, le Sénégal, le Mali, le Cameroun, la musique lusophone, puis le Nigeria ou encore le Ghana.
Il existe aujourd’hui une véritable émulation d’artistes rap et hip-hop qui dominent les charts et captent l’attention médiatique.
Cette dynamique génère une économie suffisamment forte pour attirer les regards. L’Afrique est clairement bien plus attractive qu’avant.
Rap d’hier / rap d’aujourd’hui – la forme
Question :
Qu’est-ce qui a le plus changé entre le rap d’hier et celui d’aujourd’hui, sur la forme ?
Réponse – Pit Baccardi :
Le rap est le produit de son environnement. Le monde change, donc la musique change aussi.
Nous vivons aujourd’hui dans une culture de l’instant, de la légèreté et de l’ostentation. Le rap reflète ce changement sociétal. L’écoute est devenue moins exigeante, car il faut buzzer vite et streamer vite.
Les évolutions dans la structure des morceaux ou les sonorités sont positives : le renouveau est nécessaire.
En revanche, concernant l’écriture, le débat existe. Nous étions une génération très axée sur le texte, là où aujourd’hui la vibe peut parfois suffire à construire une carrière.
Promotion et visibilité des artistes
Question :
Est-il plus difficile de percer aujourd’hui ou à ton époque ?
Réponse – Pit Baccardi :
Chaque époque a ses difficultés. Avant, il n’y avait pas les réseaux sociaux, donc pas la possibilité de se faire connaître seul depuis sa chambre.
Aujourd’hui, tout le monde peut le faire, et c’est précisément ce qui rend la tâche plus complexe. Pour sortir du lot, il faut être exceptionnel.
Il n’y a pas une époque meilleure ou pire qu’une autre.
L’album Pit Baccardi
Question :
Avec le recul, considères-tu toujours cet album comme ton projet le plus abouti ?
Réponse – Pit Baccardi :
C’est le temps qui définit la réelle valeur d’un projet.
Quand je sors un album, je sais que j’ai fait un bon disque, mais je ne sais pas encore s’il deviendra un classique.
Mes albums ont toujours été pensés avec consistance et exigence. Le reste appartient au temps et au public.
Le texte au cœur de ton œuvre
Question :
Le rap français délaisse-t-il le fond au profit de la forme ?
Réponse – Pit Baccardi :
Non, le rap français ne délaisse pas le fond. Ce qui change, c’est ce qui est mis en avant.
Il y a toujours des artistes avec une vraie plume. C’est une question de rotation.
Avant, les artistes à texte étaient davantage exposés. Aujourd’hui, ce sont des profils plus « chimiques ».
Il faut accepter chaque époque : le passé doit inspirer le présent, pas le bloquer.
Projets collectifs et esprit d’époque
Question :
Faut-il encourager les projets collectifs aujourd’hui ?
Réponse – Pit Baccardi :
Le hip-hop est avant tout un mouvement collectif. L’individualisme finit toujours par nuire.
Avancer en groupe permet d’aller plus loin. L’esprit collectif fait partie de l’essence même de ce mouvement et il reviendra toujours.
Le respect des nouvelles générations
Question :
Y a-t-il des artistes de la nouvelle génération que tu respectes particulièrement ?
Réponse – Pit Baccardi :
Il n’y a pas un nom en particulier. J’apprécie beaucoup Tchakola, Joey LaGreen, Ninho, Niska et Hamza.
J’ai déjà collaboré avec Dinos, Deen Burbigo et Jay Brownie.
Il y a aujourd’hui beaucoup de jeunes artistes intéressants.
Un featuring rêvé aujourd’hui
Question :
S’il y avait un featuring rêvé aujourd’hui ?
Réponse – Pit Baccardi :
Je n’ai pas de featuring fantasmé en particulier. J’aime collaborer lorsque la cohérence humaine et artistique est évidente.
Le retour artistique
Question :
Pourquoi revenir maintenant ?
Réponse – Pit Baccardi :
Ce n’est pas un calcul. C’est la providence.
J’avais l’intention de revenir, et les choses se sont enchaînées naturellement. La vie régule le rythme.
Les regrets
Question :
As-tu des regrets ?
Réponse – Pit Baccardi :
Aucun. Tout ce que je suis aujourd’hui est le résultat de mes choix, positifs comme négatifs.
Chaque expérience compte.
Hier ou aujourd’hui ?
Question :
Aurais-tu préféré faire du rap avant ou aujourd’hui ?
Réponse – Pit Baccardi :
J’ai fait du rap avant et j’en fais encore aujourd’hui.
Je prends les choses comme elles viennent. Il faut s’adapter et conserver ce qui nous correspond.
La question finale : le rap était-il mieux avant ?
Réponse – Pit Baccardi :
Le rap est bon quand il est bien fait, peu importe l’époque.
Tout est subjectif. Il ne faut pas projeter de mauvaises attentes sur les artistes.
Chaque artiste a sa propre typologie et sa force de proposition. Il faut l’accepter comme tel.


