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Rohff impressionne avec son freestyle « Injouable » dans Rentre dans le Cercle 4

July 21, 2026

Sofiane attend sur le parvis de l’héliport. Au loin, une silhouette familière se dessine. L’hélicoptère amorce sa descente, les pales soulèvent la poussière, puis l’une des plus grandes figures du rap français en sort avec assurance. Une poignée de main, quelques mots échangés avec Sofiane, puis direction « Rentre dans le Cercle ». Après plusieurs semaines de teasing, l’émission fait son retour pour une quatrième saison en offrant une entrée digne des plus grandes affiches à Rohff. Pas d’interview interminable ni de mise en scène superflue : dès que l’appareil se pose, le rappeur enchaîne avec un freestyle inédit, « Injouable ».

Rohff a dévoilé l’album « Fitna » en 2024 et devrait, selon toute vraisemblance, publier « Avant la saisie » au cours de l’année 2026. Membre emblématique de la Mafia K’1 Fry et enfant de Vitry-sur-Seine (94), il accompagne l’évolution du rap français depuis près de trois décennies. Révélé au milieu des années 1990 avec une apparition remarquée sur « L’Amour » d’Ideal J, il s’est progressivement imposé comme l’un des lyricistes les plus influents de sa génération. Résumer sa carrière en quelques lignes relève presque de l’impossible. Entre son couplet devenu mythique sur « Pour ceux » de la Mafia K’1 Fry — dans un clip signé Kourtrajmé et cité par Jay-Z — et des morceaux cultes comme « Regretté », « Génération sacrifiée » ou « Testament », Rohff a construit une discographie qui traverse les générations.

Avec « Fitna », dont le titre renvoie à la notion de discorde ou d’épreuve dans la tradition islamique, Rohff assume un retour à un rap frontal, dense et sans compromis. Une démarche qui tranche avec l’évolution d’une partie du paysage musical, où les frontières entre rap, pop et musique urbaine se sont progressivement estompées. Depuis 2019, le rap est devenu le genre musical le plus écouté en France, mais cette popularité s’est aussi accompagnée d’une transformation de ses codes. Comme le rappelait Kery James lors d’une interview accordée au Mouv’ : « Le rap a beaucoup changé. » En s’ouvrant à un public toujours plus large, il a parfois délaissé l’une de ses principales forces : son identité. Avec « Fitna », Rohff revendique au contraire un retour aux fondamentaux. L’album se conclut par le morceau éponyme, un véritable brûlot politique et social dans lequel il n’hésite pas à interpeller les élites. Là où certains privilégient aujourd’hui les influences baile funk ou reggaeton, le rappeur du 94 préfère continuer à défendre une écriture incisive, engagée et profondément ancrée dans la culture hip-hop.

Invité récemment sur Camino TV, Rohff est revenu avec lucidité sur son parcours et ses influences. À l’époque où il commence à rapper, le rap français est encore balbutiant et ses principales références viennent naturellement des États-Unis. Pourtant, lorsqu’il évoque les albums qui ont marqué son histoire personnelle, il cite spontanément « Ombre est Lumière » d’IAM, qu’il considère comme l’un des sommets du rap hexagonal. Il explique également son exigence en studio. Si sa discographie est moins abondante que celle de certains de ses contemporains, c’est parce qu’il revendique une approche artisanale de la musique, préférant consacrer des semaines à perfectionner un morceau plutôt que de multiplier les sorties. Avec « Injouable », qui flirte déjà avec le million de vues quelques jours après sa mise en ligne, Rohff rappelle qu’il demeure l’un des MC les plus techniques de sa génération.

Rohff dévoile « Injouable » dans « Rentre dans le Cercle » Saison 4

La production est signée Keera, dont le tag vocal ouvre immédiatement le morceau. Encore très discret dans les médias, le beatmaker ne dispose que de rares informations publiques. Son instrumental, sombre et minimaliste, a été conçu comme un terrain d’expression idéal pour un rappeur de la trempe de Rohff. Aucun refrain mélodique ne vient casser la dynamique : tout est pensé pour mettre en valeur la voix, le souffle et la précision technique de l’artiste, qui évolue ici dans son registre de prédilection. L’ancien de la Mafia K’1 Fry déroule alors un egotrip particulièrement agressif, porté par des punchlines ciselées.

« J’suis quelqu’un dans l’industrie, t’es qui ? Personne dans la te-stree… »

Puis il poursuit avec une série de mesures particulièrement incisives :

« Pour les enfants qui hurlent, je rêve qu’on brûle tous les Jack L…
Le rap perd son âme comme si IAM perdait son M…
Quatre décennies de certifs, leurs pères en strings et soutifs…
J’résiste aux bavures policières…
Bats les couilles d’l’entertainment, c’est l’enterrement d’vos tubes festifs…
Succès, humiliations vont de pair, sache qu’le rap n’a qu’un père. »

Au fil du freestyle, Rohff multiplie les références à sa propre carrière, à l’histoire du rap français et aux évolutions du genre. Plus qu’un simple exercice de style, « Injouable » apparaît comme une véritable déclaration d’intention. L’artiste revendique son statut de vétéran et défend une vision du rap fondée sur la technique, la plume et l’authenticité, loin des tendances les plus éphémères de la musique urbaine contemporaine.

Le visuel, entièrement tourné en noir et blanc — un choix relativement rare dans « Rentre dans le Cercle » — accentue la sobriété de la mise en scène. À l’image de l’émission, tout est pensé pour laisser la performance occuper le premier plan. Sofiane s’efface volontairement et laisse toute la lumière au rappeur de Vitry-sur-Seine, qui livre un freestyle dense, sans artifices. Une nouvelle démonstration de force avant la sortie attendue de son prochain album, « Avant la saisie », qui devrait voir le jour dans le courant de l’année.

Rentre dans le Cercle Rohff

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