
Rounhaa et Kalash Criminel plongent dans l’obscurité avec « Cram »
July 10, 2026
Rounhaa, rappeur franco-suisse installé à Genève, s’impose progressivement comme l’une des figures les plus singulières du renouveau du rap helvétique et de la New Wave francophone. Après la sortie de son album « Salaam » en 2026, l’artiste poursuit son ascension avec un nouveau morceau enregistré aux côtés de Kalash Criminel. Une collaboration inattendue sur le papier, mais particulièrement cohérente tant les deux rappeurs partagent le goût des univers sombres, de l’écriture introspective et d’un rap qui ne cherche jamais à flatter les tendances du moment.
Derrière son image de rappeur à la « sauvagerie » assumée, Kalash Criminel s’est toujours distingué par une véritable sensibilité politique et sociale. Né en République démocratique du Congo, il continue de porter la voix de son pays à travers sa musique. Il l’a encore démontré en participant au morceau « Free Congo », initié par Gradur, aux côtés de Damso, Ninho, Josman et Youssoupha, afin d’alerter l’opinion publique sur la situation dramatique dans l’est du pays. En parallèle, l’attente autour de son prochain projet solo ne cesse de grandir.
À rebours des hymnes estivaux, des clips tournés sous les palmiers ou des morceaux pensés pour accompagner les vacances, Rounhaa et Kalash Criminel choisissent de replonger l’auditeur au cœur du quotidien des quartiers populaires. Pendant que certains revendiquent vouloir « bibi tout l’été », comme le formule Booba dans « KYLL », les deux artistes préfèrent raconter la rue, ses blessures, ses contradictions et les cicatrices qu’elle laisse derrière elle. Une approche qui confirme, une nouvelle fois, la vitalité créative du rap suisse lorsqu’il se nourrit d’authenticité.
Rounhaa et Kalash Criminel livrent un morceau aussi sombre que percutant avec « Cram »
La composition instrumentale est signée Gizmo, alias Gizmo7K. Véritable architecte du son de Rounhaa, le beatmaker accompagne régulièrement le rappeur sur des titres comme « Le frère de Moïse », « Yasmeen » ou encore « Mood », extrait de « Jaafar ». Il propose ici une production oppressante, bâtie sur des nappes sombres et une rythmique minimaliste, laissant toute la place aux deux rappeurs pour exprimer leur vision de la rue avec intensité.
Rounhaa ouvre le morceau avec une écriture introspective, où se mêlent désillusion et fatalisme :
« Gros je me mets jamais au vert / Je suis perdu dans cette vie / La seule guerre que Dieu m’a offerte. »
Kalash Criminel, fidèle à son ADN, répond avec un egotrip incisif dont il a fait sa signature :
« Quand ça chauffe je suis comme un lion avec une crinière / On t’a dit Crimi te cherche / T’as repris la prière. »
Le clip, réalisé par Iamomss, a été tourné dans le quartier de Rounhaa. À l’opposé des productions estivales baignées de soleil et de décors paradisiaques, le réalisateur privilégie une mise en scène brute, urbaine et sans artifices, parfaitement en phase avec l’atmosphère pesante du morceau. Cette esthétique documentaire renforce encore davantage le réalisme du titre. Habitué des collaborations avec 63Kluf, Iamomss avait également signé le clip « Kichta Walk » de Sosa Le M, confirmant une identité visuelle cohérente, épurée et résolument tournée vers l’authenticité.