Border porte bien son nom car le réalisateur danois d’origine iraniene tente de magnifier la laideur avec un tour de passe passe grandiose réalisée avec une actrice de grand talent. A ce titre, il ressuscite le mythe nordique des Trolls dans une Suède contemporaine qui ne croit en rien.

Le film commence à la frontière suédoise. Tina, dont le physique disgracieux crève l’écran, est postée au post frontière, prête à bondir sur les contrevenants et les braconniers. Tina a le don pour flairer les mauvaises affaires. Elle a ça dans le sang. La jeune femme au physique monstrueux vit avec un michtonneur éleveur de chien. Elle passe son temps entre le post frontière et son pavillon livré à une meute de toutous dont son petit chéri est le chef de file. Quelques fois elle passe voir son père atteint d’une maladie dégénérative du cerveau sans trop de volonté. Sa vie est bouleversée lorsqu’elle rencontre un homme qui lui ressemble. Ni hommes ni femmes, pas monstrueux, mais pas tout à fait humains, les deux être vont vivre une vie idéale au milieu du dégoût qu’ils inspirent.

Très vite pourtant dans ce film du réalisateur danois d’origine iranienne on plonge dans le film fantastique. Car Tina incarnée à l’écran par Eva Melander est un Troll monstrueux au pouvoirs extraordinaires. Et ce film raconte son idylle entre deux enquêtes sur la pédophilie avec un être de son sang. Le réalisateur par ailleurs ne passe pas par 4 chemins. La brutalité des images rivalise avec le manque d’auto suggestion. Tout est dit, tout est montré au grand jour. Le film laisse un arrière goût amère autant qu’il choque. Il pose cependant des questions essentielles !

Est ce que Tina dont le physique assourdissant est difficile à regarder même à travers un écran est plus monstrueuse que les pédophiles qu’elle chasse autour des frontières ? Finalement, ce mépris que l’on ressent presque instinctivement devant les étreintes des deux trolls généré par des années de lavage de cerveau imbécile car tout au cinéma est forcément beau et esthétique est vraiment justifié ? En mettant en scène la laideur, le réalisateur danois contrecarre un plan vieux d’un siècle. Car le cinéma américain comme le cinéma européen est en constante recherche d’esthétique et de beauté. La laideur n’a pas sa place dans le 7ème art.

Stillfoto fra filmen Border. Foto: Henrik Petit

Cependant quelques fois, les images sont morbides et mortifères. Il y a bien là la transmission d’une émotion mais elle est plus que négative. Border est une expérience au cinéma. C’est bien plus qu’un film. Aux accents fantastiques, mais très ancré dans une réalité bien moderne qui veut que tout ce qui soit mise en scène soit forcément magnifique, Border est la limite qui nous sépare de l’animal. Mais l’homme lui même est un mammifère.

Le film a raflé le prix “Un certain regard” à Cannes. Le cinéma de genre a encore de beaux jours devant lui. Et il est certains que de Jordan Peel à la quadrilogie American Nightmare, il semble que ce cinéma là, le cinéma de genre, soit bien apte à porter les meilleurs jugements sur notre société dénuée de sens.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here