PLK I Polak : « Petit Polak deviendra Grand »

Jusqu’à la sortie de sa mixtape « Platinum », on connaissait peu de chose sur PLK. On savait bien que sûr que le rappeur faisait partie du Panama Bende. Le groupe parisien avait sorti un projet couronné de succès. Repris par Panenka Music, un label en licence chez Wagram, le rappeur du 75 commence par sortir « Platinum » une mixtape qui connaît un succès d’estime chez les insiders. Puis ce vendredi 5 octobre, il dévoile enfin son premier projet « Polak », un album de présentation à vrai dire. Dans son premier album, véritable exercice de style, le rappeur navigue entre tous les styles et effectue sa biographie musicale. « Polak«  c’est un opus en marge qui marque la naissance de qu’on pourrait appeler « le Rap chile ». Souvent honni, il vient d’écrire ses lettres de noblesse portés par des artistes comme PLK.

Le « Polak » est à la fois interprète et auteur. Il est crédité sur tous les titres de l’album en tant que lyricist. Dans un Rap Game guidé par les apparences, il est agréable de trouver des MC qui écrivent toujours leurs textes. Au niveau des beatmakers, Katrinasquad et Junioralaprod se donnent la réplique dans un va et vient infernal à quelques exceptions près. Difficile de dire si l’artiste originaire du 14ème arrondissement de Paris fait de la Trap ou de la Cloud, voire du Rap Old Shool ou du Rap ambiancé. Dans son premier album « Polak », l’artiste de Panama Bende réussit à changer de style dans chacun de ses titres. Il se ballade avec son ours (cf Cover) dans l’ensemble des courants qui forment le Rap d’aujourd’hui. Mais avec son style, il fonde un rap chile qui n’attendait que lui. Sur le fond, là encore, PLK est schizophrène. Loin d’être un rappeur conscient, il garde un engagement certain contre un « Etat policé » et parle de son passé de « thug ».

Sur le premier titre de son album de présentation « Intro », le « petit Polak qui deviendra grand » balance une Trap très énervé sur une production instrumental de de Junior a la prod que l’on retrouvera tout au long de l’album. Grosse dédicace au rappeur new-yorkais Nas avec la punchline « on dormira quand on sera mort », cousin français du « I Never Sleep / Sleep is the cousin of death » de prince de Queen’s Bridge (notamment dans le titre « The Message »). Premier son somme toute assez classique qui permet de tâter l’univers du rappeur.

Le deuxième titre de l’album produit par OG Celeste que l’on retrouve une seule fois dans l’album est assez révélateur du talent et du style de PLK. D’abord, on croit se trouver avec une ballade Rap un peu vaporeuse. Mais finalement le morceau change de tempo. Entre phase rapide, et phase plus lente, le morceau « Le sel » est caractéristique de ce rappeur Chile et très complet.

La troisième piste en featuring avec Nekfeu, produit par le grand Katrinasquad et Diaby, marque les fondations même du Rap Chile. Le « Polak » commence sur un flow assez classique avant de débiter comme une « Kalash Humaine » version polonaise. L’instrumental est carrément tendance avec des instruments classiques dont les sonorités ont été retravaillés en studio. On croit reconnaître quelques notes de piano ou de guitare. Le tout donne un aspect onirique. L’interprète de « 250 » n’a aucun mal à s’adapter au style de Nekfeu. Le morceau coule de source. Ce va et vient entre deux générations de rappeurs qui ont prouvé tous deux qu’ils pouvaient balayer l’ensemble des genres qui forment le spectre du Rap  est impressionnant. Au niveau du fond, Nekfeu toujours aussi engagé, PLK lui répond. Est un passage de témoin ?

Les morceaux « Séparer » produit par Junior AlaProd, et « 250″ produit par DST, le beatmaker de Booba sur « Caracas » sont carrément Trap et égotrip. Changement total de style pour PLK qui passe d’un Rap Chile, et d’une ballade Rap à un déchaînement de Punchline. Arrogant PLK ? Non c’est juste un exercice de style qui appartient au Rap ! : « T’es comme un inspecteur d’impôt on te parle mais on t’apprécie aps » PLK – Séparer »

Les trois autres morceaux « Idiote », « Polak » et « Gozier » en featuring avec le rappeur polonais Paluch sont carrément autobiographiques. Il marque les véritables présentations du « Polak ». Le premier « Idiote » produit encore une fois par Junior Alaprod est une ballade Rap sur quelques notes d’arpèges à la guitare et un beat entraînant. Le rappeur « court depuis tout petit après le bonheur ». C’est un morceau tout en introspection. Le rappeur n’a pas l’habitude de se dévoiler contrairement à un Georgio (son compère à Panenka Music) plus ouvert à ce genre d’exercice. Le second morceau « Polak » éponyme est plutôt l’égotrip de présentation. Pure produit Trap que l’on doit à à Katrinasquad avec quelques notes de piano un peu fuyante. Il est axé sur la carrière dans le Rap de l’artiste : « Sur toutes les prods je peux m’adapter / n’importe quel flow je peux adopter ».  Si « Idiote » est son morceau en introspection, « Polak » est son coming out artistique. La trilogie finit sur « Gozier » en feat avec Paluch le Polonais. Produit par Katrinasquad, c’est un retour aux sources très énervés et très Trap. L’artiste n’a aucun mal à mettre ses origines en avant. L’ours par ailleurs qui orne la pochette de l’album appartient à la mythologie polonaise. Rythmé, et énervé, le morceau est un hommage à ses origines : « avec Paluch on compte l’oseille, chez nous on boit la vodka pur, sers un verre gros je monte au ciel ».

Un album de Rap ne serait pas un vraiment un album de Rap sans un titre consacré à la femme. Chez PLK, pas de punchline anti-tchouin ou anti-michto, mais plutôt un morceau en introspection dans le titre « Bunkoeur » produit par Katrinasquad, dans lequel le rappeur avoue qu’il a du mal avec les sentiments. Il se dévoile un peu avant le morceau « Monégasque » beatmaké par Katrinasquad plus clouds plus égotrip. Le clip de « Monégasque » est sorti dans la semaine.

Ainsi entre SCH sur une production de Katrinasquad. Le « Polak » se conforme au style très obscur du rappeur de REC 118. Très gros titre Trap, avec un petit sample de piano assez doux, qui contraste avec la violence du propos et le refrain Cloud et autotuné. C’est l’un des plus gros morceaux de l’album. Le couplet de SCH est impressionnant : « Je fais plus du Rap, je fais du fist fucking ». Les deux plus gros featuring de l’album, SCH et Nekfeu dans un style que tout oppose prouve que PLK peut se conformer à n’importe quel style, et rapper avec n’importe quel flow, sur n’importe quelle prod. Le morceau « Hier » est impressionnant..

Sur la fin de l’album, le « Polak » tape un son club sur « ils nous comprennent pas ». « Polak » est un véritable exercice de style pour un interprète / auteur qui a su prouvé : « Petit Polak deviendra grand ». 

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