Les “Bavures se multiplient avec le confinement ?

La nuit du 19 au 20 avril a été émaillée de deux incidents d’importance impliquant des agents de la Police judiciaire. Dans des circonstances un peu floues, un homme a perdu la vie dans une fusillade à La Courneuve impliquant des bandes rivales après l’intervention des forces de Police.
Mais c’est surtout le drame de Villeneuve La Garenne qui a retenu l’attention des réseaux. Dans la nuit plusieurs vidéos très polémiques ont été postées sur Twitter. On y découvre un homme hurlant au milieu de plusieurs agents de Police qui tentent de limiter la casse.
Seule information confirmée par une source policière et relayée par le Parisien : un agent de police a ouvert sa portière sur un homme roulant à moto sans casque à une forte allure. Cet excès de zèle policier ressemble vraisemblablement à une bavure.  Les versions divergent non pas sur les faits mais sur les véritables « intentions » des forces de Police. Le rappeur Dosseh s’est exprimé sur le sujet sur les réseaux sociaux en laissant entendre que ce genre d’action répété par les Forces de Police pouvaient pousser les jeunes aux émeutes comme en 2005.  Ce drame a entraîné des échauffourées à Gennevilliers, Villeneuve-La-Garenne, Fontenay, Toulouse, Saint-Ouen et Aulnay-sous-Bois, Suresnes, Villepinte.  Pour l’instant la situation est maîtrisée par les Forces de Police.   View this post on Instagram  

Monopole de la violence légitime ou banalisation de la violence ?

Max Weber imaginait que seul « L’Etat a le monopole de la violence légitime ». En revanche, la crise des Gilets Jaunes a libéré la violence policière. Sans vouloir entrer dans des théories vagues du complot, et malgré l’absence de statistiques officielles en la matière, l’IGPN (l’inspection de la Police) a noté 20 000 tirs de Flash Ball en 2019 d’après des chiffres dévoilés par RTL. Un tel chiffre n’a jamais été atteint eu Europe… Et plus de 212 enquêtes ont été confiées à l’IGPN.
La crise des Gilets Jaunes a déjà beaucoup entamé le moral des forces de l’ordre et leur self contrôle. Depuis le début de crise jaune, les scandales s’accumulent autour de la police. Le confinement a peut-être aggravé les choses. D’après les informations recueillies par Le Monde, les personnes en France qui vivent dans la précarité que ce soit à cause d’un problème de logement ou plus largement d’un problème financier sont plus particulièrement touchées par les mesures de confinement pour des raisons évidentes. Les témoignages recueillis ne laissent pas place au doute. La situation dans les quartiers populaires est explosive, et la Police exténuée fait de plus en plus usage de la force.

Les images du coup de Flash Ball subi par KLS

Justement, avant le confinement nous avions recueilli le témoignage d’un jeune qui a reçu un tir de flashball  Cette nuit-là, KLS du groupe La Rafale a passé « une nuit en Enfer ».

KLS appartient à cette jeunesse qui tente de renverser l’ordre des choses « armé d’un stylo à bille » (Akhenaton« Même les Anges »). Le jeune se démène dans le Rap en indépendant (à savoir avant de signer en Major) entre débrouille et investissements forcés. Comme dans Game Of Thrones, les rappeurs ont tous une fratrie, un département, qu’ils représentent ardemment. « Nos parents ont construit des bâtiments afin qu’on y meure dedans » (Demi PortionDico 5) alors pour certains ce quartier, source de toutes les discriminations est aussi le ferment de la fierté de ceux qui ne doivent rien à personne et surtout pas à l’Etat. C’est ce que certains l’ont appelé le « patriotisme de cage d’escalier » (Claude Bartolone). KLS représente le 91. Il habite entre Vigneux Sur Seine et Montgeron Crosne.
Ce mercredi 11 Mars, quelques jours avant que le Président Macron ne prive la France de sortie, il a subi un contrôle de police plus que musclé. Au-delà des faits, c’est l’histoire d’un rappeur qui tombe nez à nez avec ce qu’il dénonce au quotidien dans une dramatique rencontre des mondes lorsque la fiction rejoint la réalité. KLS n’a jamais été un rappeur conscient, mais les dérives étatiques l’ont rattrapé.

Lé témoignages de KLS

A 22 h 50, ce mercredi 11 Mars, on dépose KLS dans son quartier. Vers 23 h 15, les choses commencent à se gâter. Vers 23 h 15, une brigade de police effectue un contrôle de routine : « Les policiers descendent pour effectuer un contrôle de routine sur un jeune sur le trottoir du côté rue des Ancolies au niveau du carrefour Edelweiss. ». Huit jeunes un peu impuissants regardent la scène devant la légitimité de la puissance publique.  Il y a comme des « Odeurs de Soufre » (NTM – « Odeur de Soufre »), le rappeur tente de s’échapper calmement. Mais l’un de ses amis déclare : “non tranquille on est dans notre cité on ne fait rien de mal on a le droit de rester on n’est même pas à côté d’eux“.

KLS LA RAFALE


C’est ici que les versions divergent. Selon les agents de la BAC, les 8 jeunes qui assistaient au contrôle de police ont résisté au contrôle et KLS aurait traité l’agent en question de « Fils de Pute ».  C’est ce qui ressort du procès-verbal qui a été dressé suite au contrôle. Mais pour ces jeunes et KLS la version des faits est réellement différente. Et les images reçues en vidéo ne corroborent pas en tout cas la version des agents de la BAC à 100 %.
Selon KLS à 23 h 25 : « J’ai commencé à m’éloigner, un pote m’a suivi, celui qui filme la vidéo. Le reste du groupe est resté sur le trottoir d’en face à observer le contrôle. Pendant que nous commencions à marcher les bakeu (Agent de la Bac) du Skoda ont passé un appel au talkie pour demander du renfort.
Alors Dramane leur a demandé :”Pourquoi du renfort ?” Et là d’un coup comme piqué dans son estime, j’ignore pour quelle raison d’ailleurs un des policier (Clément G.) s’est avancé subitement devant lui et lui a assené un coup directement avec le flash ball sur le torse. Dramane s’est mis à suffoquer, le coup l’a fait reculer de 2/3 pas en arrière, il avait clairement le souffle coupé, il n’arrivait pas à respirer. ».
La situation s’envenime encore un peu plus car à 23 h 27 selon KLS : « Voyant la scène en retrait à environ 15/20m, j’ai crié “Pourquoi il t’a fait ça ?!” Et là BAAAW instantanément le coup part, il me tire dessus au flash ball dans le pied. Alors je me suis retourné pour partir en boitant en direction du Grand parc à l’Oly. Mon ami qui filmé a pris la fuite. Les policiers m’ont interpellé sur le champ. C’est une autre voiture (une de celle venu en renfort) qui m’a embarqué. »
La soirée de KLS ne fait que commencer car il va être trainé de commissariat en commissariat pendant que sa jambe a subi un grave traumatisme. Dans un premier temps, KLS est emmené au poste de Draveil avant l’arrivée de l’agent qui lui a tiré dessus au flash Ball : « Arrivé au commissariat de Draveil déjà la douleur était insoutenable. J’ai discuté avec le chef de poste 5min et l’équipe de Clément G. est arrivée au commissariat. Ils m’ont palpé et effectué une verif.  À la fin de la verif j’étais envahi par la haine quand on m’a dit que “la simple vérif’ ” se transformait en mise en garde à vue.
On lui annonce ensuite que c’est au commissariat de Montgeron de gérer l’affaire. Il entre dans une rage folle. A ce moment précis, la Rafale avoue s’être un peu emporté. En revanche il nie avoir réagi avec véhémence au moment du contrôle de Police.
Les agents de la BAC veulent emmener le jeune au commissariat de Montgeron. Malgré ses vives protestations, c’est son « présumé agresseur » qui l’emmène lui-même au poste de Montgeron avec un traumatisme à la jambe :
« J’étais dans le commissariat depuis environ 20 min devant les cellules de garde à vue et on m’annonce finalement que c’est commissariat de Montgeron de gérer cette affaire. C’est même la brigade de l’agent qui devait m’emmener à Montgeron. Une fois au commissariat de Montgeron je leur disais que j’avais trop mal au pied et que je voulais voir un médecin. On m’a fait patienté puis on m’a placé en garde à vue tel quel. J’ai attendu environ 2h avant qu’on vienne me chercher en cellule pour qu’on aille au commissariat de Brunoy pour voir le médecin. Tout ça pour que le médecin dise qu’il ne peut rien faire mais qu’il faut en revanche faire une radio à l’hôpital de Villeneuve-Saint-Georges. »
Vers 3 h 30 du matin à Villeneuve Saint Georges on lui annonce après une radio qu’il souffre d’une contusion et un traumatisme au pied gauche ». Il est désormais au repos : « Le médecin de l’hôpital m’a bandé le pied et m’a dit que sa serait douloureux les semaines à venir. »
Il est reconduit au commissariat de Montgeron ou il passe la nuit. Il est libéré vers 13 h le lendemain. KLS sera jugé dans quelques mois pour « Outrage ».

Le Dernier clip de KLS La Rafale :

“L’outrage” : Un moyen de défense des forces de Police ?

En discutant avec le groupe Gen Zu Clan figure du rap « underground » autour de Montfermeil (le théâtre du film de Ladj ly), ces rappeurs accoutumés aux contrôles de Police ont une toute autre opinion là-dessus. Selon l’un des membres du groupe, lorsque les choses dégénèrent avec un agent de la BAC, et qu’il réalise qu’il a fait un « excès de zèle » ou « une bavure », il se protège automatiquement derrière une accusation pour « outrage » ou pour « parjure ». Ça lui permet de se protéger derrière “la provocation” de la victime de “bavure“.
Nous avons contacté le commissariat de Montgeron, par deux fois, qui a refusé en toute logique de s’exprimer sur une affaire en cours d’instruction. Le Sicop chargé des communications de la police nationale a aussi été contacté par Mail et par téléphone. Là encore, nous n’avons reçu encore aucune communication officielle sur le sujet. Il semblerait qu’être frappé “au flash ball” sans raisons évidentes soit une affaire banales pour la Police.
Quant à KLS il a dévoilé un clip sur ce thème qui est sorti sur la chaîne de freestyle Daymolition. Et il assure que depuis le début de nos investigations, il a été contrôlé beaucoup plus souvent. Mais tandis que la France est confinée, ces contrôles à la chaîne qu’ils soient réels ou ressentis sont légaux.

La Playlist des Rappeurs, de la Police, et de la Justice : un mélange explosif

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