Lorsque TF1 rend sa sélection pour « la chanson de l’année », la liste des nominations souffle le vent d’une nouvelle révolution. Avec des artistes comme Gradur ou Heuss L’Enfoire, la première chaîne de la TNT semble s’être réconcilié avec la jeunesse. Mais quelques heures après la divulgation des nominés, Maes disque d’or en 10 jours pour “les derniers salopards” interpelle la chaîne sur les réseaux sociaux avec une hargne extraordinaire. Pourquoi n’est il pas nominé ? Dans un sens il a raison car cette sélection ne reflète pas l’état de la musique en France. Mais dans une autre mesure, le problème que ressent une France traditionnelle avec les quartiers en général n’est pas nouveau. Elle date du débat sur l’insécurité que Chirac lance en 2002. Le Rap n’est pas banni des médias, en revanche, le discours rebelle du gangsta rap lui est inexistant dans les médias dits traditionnels.

MAES qui interpelle “La Chanson de l’année de TF1”

2016 – 2020 : Le Rap s’empare du marché de la musique !

Le marché de la musique s’écroule avec l’arrivée des connexions haut débit sous l’effet du piratage. Puis ce sont les plateformes de streaming qui sauve le marché musical à partir de 2016. Avec une croissance des écoutes en streaming de près de 25 % par an, les nouveaux modes de consommation sauvent ce qu’il reste du marché musical. L’augmentation de la part du streaming dans le marché global a aussi pour effet de rajeunir le public de la musique. Dès 2016, les rappeurs autrefois boycottés font leur apparition dans le TOP 20.

De 2016 à 2019, la part des artistes issues de la mouvance urbaine dans le Top 20 passe de 30 % à 50 %. En 2020, à la sortie du rapport annuel de la SNEP, il est désormais évident que le Rap est la musique la plus écoutée en France. Ce genre musical est-il en revanche boycotté par les médias traditionnels ?

L’exemple des “Victoires de la Musique”

Il est vrai que la “cérémonie” des “Victoires de la Musique” n’a jamais été aussi considéré qu’un “Grammy Arwards“. En revanche, cette cérémonie 100 % française illustre le désamour de la France pour les artistes de Rap. En 2016 à l’aune de la prise du pouvoir du Rap dans les Charts, exceptée la catégorie de l’album de Musique Urbaine, seul Maître Gims et Niska sont récompensés pour le titre “Sapés Comme Jamais“.

En 2017, à part cette catégorie aucun artiste n’est récompensé. En 2018, Orelsan rafle tout avec son album “La Fête est finie“. BigFlo et Oli sont aussi dans le palmarès tout comme le Goncourt Gaël Faye et son “Petit Pays”. En 2019, BigFlo et Oli sont les seuls artistes rescapés.

En réalité, à partir de 2016, il y a bien un regain d’intérêt de la cérémonie pour le Rap. En revanche dans le choix des artistes, il y a comme un parti pris politique. Loin de critiquer les artistes comme Orelsan ou BigFlo et Oli, il est évident pour tout amateur de Rap qu’ils sont plus consensuels que des artistes comme PNL, Booba, Maes ou Da Uzi.

C’est ainsi que les choix de la direction des “Victoires de la Musique” paraît “politique“. Oui le Rap doit être représenté mais le discours rebelle du gangsta Rap doit être banni des plateaux de télévisions. Quant au rappeur conscient, ils sont tout bonnement absents de toutes les sélections. Le choix est donc politique.

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Le Traitement de l’affaire d’Orly puis de l’Octogone

Tout commence lorsque deux rappeurs, et pas des moindres, Booba et Kaaris se croisent à l’aéroport d’Orly. Comme deux bandes rivales qui se croisent au détour d’une ruelle, les hommes de main des deux hommes s’en prennent les uns aux autres. Tout ça appartient au folklore du Rap. Mais les médias dits “traditionnels” s’emparent assez brutalement de l’affaire et la suive au quotidien.

Plus tard, Booba proposera à Kaaris de régler leur différend dans un octogone. Là encore les médias dits “traditionnels” ne perdent pas une miette de ce différent entre les deux hommes. A titre de comparaison, le rappeur YK Osiris vient d’inviter la superstar Drake à boxer avec lui. Force est de constater que le combat entre les deux hommes ne fait pas la Une du 20 heures.

Faire de cette “réaction” des mass médias une preuve de racisme serait un raccourci un peu facile. En réalité, les médias traditionnels brillent surtout par leur méconnaissance du Rap. Lorsque Nikos Aliagas animateur considéré comme “ouvert d’esprit” fait une faute en prononçant le nom d’Aya Nakamura, on est loin du racisme, mais plus près de l’ignorance du mouvement Hip-Hop.

Jamais le Rap n’a autant fait la une que lorsqu’il est diffusé par un angle négatif. Le rappeur Sofiane qui a bloqué une autoroute en a lui aussi fait l’expérience.

Passi, Kery James : Le choix du Courage

Il est évident que le Rap dérange car les quartiers en France dérangent. Cette confusion entre le Rap et les quartiers, cet amalgame est même réalisé par les chroniqueurs zélés comme Eric Zemmour qui a fait cette déclaration célèbre : “Le Rap est une sous culture d’analphabète”. La lutte incessante entre les rappeurs et la Justice depuis les débuts du Rap. Et bien entendu “sa mauvaise représentation” dans les médias prouvent que le chemin est long.

Le boycott du Rap n’est pas nouveau. Déjà dans l’oeuvre de Passi, ce boycott apparaît clairement dans les versets du rappeur de Sarcelles. Dans ce cadre, Kery James dans ses différentes œuvres qui traitent du sujet, sa pièce de théâtre, son titre “Constat Amer“, et son film “Banlieusard” semble avoir une vision réaliste sur le sujet.

Sans se présenter comme le “rebelle” ou “le représentant légitime” des quartiers, il pousse à la “rébellion” mais prévient que “la lutte est économique“, et que les émeutes en mèneront nulle part. N’oublions pas que la cause Afro américaine a été défendue avec ardeur par tous les militants pour l’égalité des droits civiques. Les descendants des esclaves aux USA ont obtenu leur droit après un combat de plusieurs siècles. Le “respect ne se quémande pas“.

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