Dimanche soir 22 h, je prends les commandes des demandes  de post Freestyle. On a pour mission de lancer la jeunesse sur nos pages millionnaires en followers. Le succès s’achète aujourd’hui avec quelques centaines d’euro, c’est une façon de se la raconter un peu à la récré, d’être plus respecté par ses potes, et pour certains l’horizon d’une carrière très spéciale. Au milieu des demandes incongrues des « Je suis le meilleur » et des « Fais moi gratuit » de tous les jours se cache J.. Le rappeur répond toutes les 6 heures, il ne reçoit pas les messages le reste de la journée. Il finit par m’envoyer un Freestyle super sexiste qui porte bien son nom : « Sale Pute ». Je ne déconsidère pas l’art sexiste, c’est au milieu de la lutte entre les femen et les connards que réside l’idée d’une égalité des sexes. Elle ne s’appelle ni « Sale Pute » et ne se ballade pas toujours a poil dans les rues. 

La diffusion est fixée au lundi. Le jeune adolescent me précise qu’il est incarcéré en ce moment. Pour ceux que ça choquerait la prison fait partie du folklore du rap un peu comme les combats de free fight dans les aéroports sous les yeux ébahis de BFM TV et Cnews qui découvrent la réalité de la société loin de Charles Martel et d’Eric Zemmour.il faut dire que ce dernier a la même philosophie qu’un rappeur de bas étage. Entre les punchlines et les clash, il a fait de Cnews la chaîne d’info la plus regardée en France. Un véritable Cyril Hanouna de l’islamophobie. 

Donc je le poste avec une vidéo soignée qui suggère que l’homme est en prison. Et en l’espace de quelques secondes, les commentaires défilent. Ils laissent entendre que J.a tué froidement sa grand mère avant de la jeter dans la Drôme. Je me précipite sur « Le Parisien » (toujours fourré dans les bons coups), et découvre l’histoire de J.. Le rappeur, le meurtrier est retiré du Facebook. Mais je pense le diffuser ailleurs. Après tout, il purge sa peine en prison. Qu’est ce qui me donne le droit de le juger une deuxième fois ? Mon républicanisme se heurte toutefois au dégoût que je peux ressentir. Mais je lui propose une interview pour comprendre ce qu’il ressent aujourd’hui, et ce qu’il a ressenti au moment du drame. Comment expliquer l’inexplicable ? 

L’histoire de J. commence dans les foyers de la République. Son père dont il ne parle pas, et sa mère ne sont pas capables d’entretenir le garçon aux yeux de l’Etat. Il vit entre sa grand mère maternel qui voit d’un très bon œil le placement de son petit fils en foyer, tandis que sa mère lui amène quelques fois un ou deux rayons de soleil. La génitrice se bat pour son enfant. Elle tente de le faire sortir à tout prix. C’est ici que se développe la relation passionnelle de J. pour sa mère. Selon toutes vraisemblances, elle prend peu à peu la place du sauveur dans son cœur. Une place qu’elle ne quittera jamais. Il est fasciné par cette femme qui tente l’impossible pour lui malgré les difficultés économiques auxquelles elle est confrontée. Pendant ce temps là, J. multiplie les actes de petites délinquances. Loin des analyses et des jugements ethniques, il y a une réalité qui ne trompe pas : Le Pauvre a toujours attaqué le riche.

Finalement, il y a un petit rayon de soleil dans le ciel de J.. Ils s’installent avec sa mère dans l’appartement de sa grand mère à Montélimar. Il explique que ses deux ascendants se haïssent depuis toujours. Cette haine que sa grand mère et sa mère se vouent depuis la plus tendre enfance a des conséquences sur sa vision de la vie. Il ne supporte plus les cris à la maison. Finalement, la grand mère de J. les mets dehors. J. se retrouve SDF.

C’est ici que les versions divergent. J. déclare qu’il n’a pas asséné à la femme les coups mortels, et qu’il s’est contenté de cacher le corps pour le compte de sa mère qui l’a en réalité assassinée elle même. Ce “détail” est pour le moins important puisque J. à peine majeur restera en prison plus de 20 ans. Lorsqu’il sortira il aura 40 ans. Est ce que finalement J. est coupable d’être né ? Il laisse échapper au détour d’une phrase que : “n’importe qui à ma place aurait fait la même chose“. Son parcours chaotique dans la nébuleuse républicaine des orphelins, son développement au sein d’une famille qui voulait de lui à moitié, a conditionné son geste. Mais peut-on pour autant pardonner un acte d’une telle cruauté ? Là est toute la question. Une chose est sûr en tout cas, la République génère des situations propices à l’éclosion de certains drames.

Sans vouloir justifier le geste de J., il était important de lui parler pour comprendre les tenants et les aboutissants de cette histoire. Le “monstre” a passé sa jeunesse en foyer. Il a été pris dans une haine réciproque et meurtrière entre ses ascendants, et aujourd’hui il en paye le prix en prison. Il dit tenir le coup, il dit ne pas avoir de problèmes avec ses codétenus. A l’entendre parler, tout en égotrip, on comprend que Jalon est un enfant. Qu’il passera au final plus “de temps en prison que de temps en dehors des barreaux“. Il connaît absolument rien de la vie sinon l’univers des foyers et l’univers carcéral. Il aura beau dire qu’il “est bien dans sa tête” il pleure comme les autres sa jeunesse derrière des barreaux.

Il tente de faire de la musique, un véritable échappatoire pour J.. Il ne parle plus à sa mère depuis 3 ans. Elle est responsable de son malheur selon lui.

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