Croire à la perfection, c’est vouloir opérer et boucler le Temps. Telle la gendarme de son Histoire, Nour (l’actrice Zita Hanrot) obéit à un devoir de perfection. Infirmière, elle voudrait agir sur le Temps et l’opérer. Mais le Temps n’est pas malade. C’est lui qui nous brancarde. Le service d’urgences où Nour ( « Lumière » en Arabe) se déballe au début de Rouge ressemble à un dédale où l’on s’éloigne du jour. Plus qu’à un endroit où l’on soigne.

« Quel que soit ce à quoi une personne pense et réfléchit fréquemment, cela devient la tendance naturelle de son esprit » (extrait d’un des passages de la littérature pali cité par le Dr Judson Brewer dans son livre Le Craving).

A part pour reconstituer – plus tard- les faits au cours desquels la patiente qu’elle brancardait a perdu la vie, Nour ne parle pas de ses pensées. Mais peut-être essaie-t’elle d’y verbaliser le Temps. Cependant, elle a quitté l’hôpital et les urgences pour un poste d’infirmière dans l’entreprise où son père Slimane ( l’acteur Sami Bouajila) travaille depuis 29 ans.

Nour connaît cette entreprise depuis son enfance. Son beau-frère (l’acteur Henri-Noël Tabary que l’on pourra aussi voir dans ADN ( ADN un film de Maïwenn, au cinéma le 28 octobre 2020)  de Maïwenn qui sort ce 28 octobre 2020) y tient un poste de cadre proche du grand patron (l’acteur Olivier Gourmet).

Cette entreprise est celle des retrouvailles en même temps que celle qui accueille les évolutions sociales de la famille de Nour. Seule manque la mère, décédée quelques années plus tôt, à laquelle il est un peu fait allusion.

 Nour ( Zita Hanrot) face à son père Slimane ( Sami Bouajila)

Lorsqu’elle revient dans la région et dans l’entreprise, la petite Nour a bien grandi. Slimane, son père, aussi. Au sein de l’entreprise, Slimane est devenu un meneur et un représentant syndical. Cela nous change de l’imagerie de l’immigré ou du Français d’origine immigrée soumis et incapable de s’exprimer. Ou obligé de faire rire pour s’intégrer.

Mais la joie de cette famille à nouveau réunie est si évidente que l’on devine qu’elle va sauter.

«  Si nous avons un biais subjectif, si nous voyons le monde tel que nous voudrions qu’il soit, ces simulations ne fonctionnent pas si bien. Elles s’efforcent de parvenir à la « bonne solution » ou du moins à celles qui coïncident avec notre vision du Monde » nous explique encore le Dr Judson Brewer toujours dans son ouvrage Le Craving. Livre dans lequel il prône beaucoup la pratique de la méditation et de la pleine conscience.

Dans la famille de Nour, comme ailleurs, on est assez peu porté sur la méditation et la pleine conscience. A la rigueur, on veut bien prendre un thé ou un café et discuter ou se disputer. Mais on est plutôt doté pour l’action. Et l’on est aussi assez idéaliste. Le film Rouge, c’est au moins la rencontre de trois idéalistes :

Le syndicaliste (Sami Bouajila) ; L’infirmière, sa fille ( Zita Hanrot) ; La journaliste (Céline Sallette).

 La journaliste indépendante ( Céline Sallette)

Chacun de ces trois idéalistes- comme tout idéaliste- essaie de se persuader de son indépendance et de sa lucidité et s’accroche à son biais subjectif. Mais les « autres » antagonistes, aussi. La sœur de Nour, son mari (Henri-Noël Tabary) et le patron (Olivier Gourmet) ont le cœur plus matérialiste ou plus cynique. Et le père de l’enfant de la journaliste (Céline Salette)  est de son côté plus porté sur l’activisme.

Rouge raconte au moins que certaines fonctions et certaines institutions vigilantes et vitales ont perdu de leur aura ou n’ont pas la considération qu’elles devraient avoir en matière de santé publique dans notre société. On en a malheureusement une illustration récente plus que concrète avec la pandémie du covid-19 : les diverses manifestations des soignants depuis une trentaine d’années en France pour protester contre la dégradation de leurs conditions de travail faisaient déja état d’une pénurie de moyens et de personnels. Mais priorité a été donnée à la rentabilité….

Je ne suis pas sûr que l’acteur Sami Bouajila ait beaucoup joué des rôles de père face à une femme certes jeune mais d’âge mûr. Mais ses face à face avec Zita Hanrot font des étincelles. Etonnamment, cela se reproduit moins entre l’actrice Céline Sallette et lui. L’acteur Olivier Gourmet, quant à lui, mate son jeu avec sa précision de montre suisse habituelle. Sans rien montrer de nouveau mais avec tout ce qu’il faut.

 L’acteur Olivier Gourmet.

Le film a quelques ratés. Mais son sujet est ambitieux et a de quoi ouvrir les yeux.

Rouge sortira au cinéma le 25 novembre 2020.

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