Booba sort “Nemesis” pour défendre “Blanco Nemesis”

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C.E.O HELL SINKY, author, journalist, documentary

C’est l’heure de vérité. Booba dévoile enfin “Blanco Nemesis”, son douzième album solo. Là où “Nero Nemesis”, paru par surprise en 2015, incarnait une œuvre de transition profondément ancrée dans le rap pur et dur, ce nouveau projet affiche des ambitions plus larges. Pensé comme un véritable album de carrière, “Blanco Nemesis” navigue entre plusieurs univers sonores et confirme une nouvelle fois la capacité du Duc à se réinventer sans jamais renier son identité artistique.

Annoncé de longue date et alimenté par une communication savamment orchestrée, le projet se distingue également par une atmosphère moins oppressante que celle de son prédécesseur. Fidèle à son goût pour l’expérimentation, Booba y alterne rap, mélodies et explorations plus modernes, tout en s’entourant de quatre invités : Huntrill, Matra, Chaax et Aïshé.

Booba revendique l’intelligence artificielle comme un nouvel outil créatif

Invité de l’émission “Carré D’As” aux côtés notamment de Lino et Oxmo Puccino, Booba a surpris une partie du public en évoquant ouvertement son recours à l’intelligence artificielle dans le processus de création de “Seychelles”, l’un des morceaux de “Blanco Nemesis”.

Là où de nombreux artistes préfèrent rester discrets sur le sujet, le rappeur adopte une position beaucoup plus frontale. Pour lui, l’IA n’est ni une menace ni un substitut à l’artiste, mais un outil supplémentaire capable de stimuler la créativité et d’ouvrir de nouvelles perspectives.

« Ce n’est pas l’IA qui te fait tout. L’IA peut te faire une base, comme un humain peut te proposer une topline. »

Une vision pragmatique qui s’accompagne, comme souvent chez lui, d’une pointe de provocation. Face aux réticences exprimées par certains artistes, il glisse :

« T’es comme les gens qui ont refusé Pro Tools et qui sont aujourd’hui au chômage. »

Au-delà de la formule, la comparaison est révélatrice. Pour Booba, l’intelligence artificielle s’inscrit dans la continuité des grandes évolutions technologiques qui ont transformé l’industrie musicale au cours des vingt dernières années.

De l’Auto-Tune à l’IA : l’histoire se répète

Le parallèle n’a rien d’anodin. Lorsque “0.9” paraît en 2008, Booba devient l’une des figures les plus visibles de l’Auto-Tune dans le rap français. À l’époque, une partie importante du milieu dénonce une dérive commerciale et une dénaturation du rap. Quelques années plus tard, l’effet est pourtant devenu omniprésent dans l’ensemble du paysage musical francophone.

Le rappeur lui-même résumera cette évolution dans “Trône” :

« Depuis 0.9, ils critiquaient mais ont tous saigné l’Auto-Tune. »

Cette phrase résonne aujourd’hui avec une actualité particulière. Comme l’Auto-Tune hier, l’intelligence artificielle divise autant qu’elle fascine. Pourtant, nombreux sont ceux qui estiment qu’elle pourrait progressivement s’imposer comme un nouvel outil de production incontournable, au même titre que les stations audionumériques, les logiciels de mixage ou les plateformes de streaming avant elle.

Quelques semaines seulement après la diffusion par Skyrock d’un artiste virtuel conçu grâce à l’intelligence artificielle — une initiative qui a suscité de vives réactions dans le milieu — Booba poursuit son exploration de cette nouvelle frontière créative.

“Nemesis” : une vision futuriste entièrement générée par intelligence artificielle

Pour accompagner la sortie de “Blanco Nemesis”, Booba a dévoilé le clip de “Nemesis”, une réalisation intégralement produite à l’aide de l’intelligence artificielle. Un choix cohérent avec le discours porté par l’artiste autour de son nouvel album.

Le morceau repose sur une production signée Baille Broliker, compositeur tunisien dont le parcours témoigne d’une solide expérience au sein du rap francophone. On lui doit notamment “Zer” pour Booba, “Mira” pour PNL, “GoodKat” pour Niro ou encore “Weed” de Maes.

Sur le plan musical, “Nemesis” figure parmi les titres les plus sombres de l’album. Porté par une production cinématographique et menaçante, le morceau plonge dans un univers où la guerre, la vengeance et les règlements de comptes occupent une place centrale. Plus que jamais, Booba transforme ses conflits personnels et médiatiques en matière artistique.

« Ra-ra-rafale en plein jour, dans ton salon comme chez Quarteron
Je me roule un becquet, je le fume jusqu’au carton
Rendez-vous dans dix ans (belek)
P’tite partie d’poker chez Patrick Bruel (belek)
Le frère de Angèle (belek) est un agresseur sexuel »

Visuellement, le clip évoque parfois les grandes fresques de science-fiction contemporaines, avec une esthétique qui rappelle par moments l’univers de “Dune”. Réalisée par Zoel Aeschbacher, la vidéo impressionne surtout par sa capacité à masquer les codes habituels des productions générées par IA.

Contrairement à de nombreux contenus créés à l’aide de cette technologie, souvent reconnaissables au premier coup d’œil, “Nemesis” se distingue par son niveau de finition. Les images affichent une cohérence visuelle remarquable et se rapprochent des standards des productions audiovisuelles traditionnelles.

Une nouvelle démonstration du savoir-faire de Zoel Aeschbacher, déjà remarqué pour le clip “Mauvais Esprit” de Skow ainsi que pour plusieurs campagnes internationales, notamment réalisées pour la maison de luxe Zegna.

Booba - Nemesis (Clip Officiel)

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