Mais qu’est-ce qu’elles ont ? Je suis étonné par le nombre de femmes que je croise dehors depuis le début du couvre-feu.

Ce samedi matin, les premières personnes que je croise dans la rue en sortant du travail sont des femmes. Elles courent. Elles marchent. Il fait 7 degrés. La température s’est rafraîchie.

Hier soir, en allant au travail à nouveau à vélo, j’avais un pied posé à terre au feu rouge avant d’entrer dans la ville de Levallois lorsqu’une fusée m’a dépassé. Une femme à vélo.

En moins d’une minute, elle m’a mis cent mètres dans le regard. Une imparable application de la distanciation sociale préconisée dans notre contexte d’épidémie. Merci Madame.

Quelques kilomètres plus loin, j’étais sur le point d’arriver à mon travail lorsque je suis monté sur le trottoir. Par instinct, j’ai regardé sur ma gauche. Une jeune femme en cycliste, avec un fessier de pistarde, s’était mise en danseuse sur son vélo. Elle grimpait la route avec conviction. Sans casque comme la précédente.

En rentrant ce matin, je suis cette fois passé devant le Panthéon. Dans la rue déserte, on voyait très bien son drapeau bleu, blanc, rouge que je n’avais pas remarqué la dernière fois, la veille de la manifestation des Gilets jaunes le samedi 14 mars. ( https://urbantrackz.fr/kronik/gilets-jaunes-samedi-14-mars-2020-aux-grands-hommes-la-patrie-reconnaissante/)

J’ai pensé m’arrêter pour prendre une photo du Panthéon mais je l’avais déjà dépassé. Je ne l’ai pas fait. Je voulais rejoindre ces quais de Seine où j’avais vu plusieurs fois des personnes courir. Je voulais voir jusqu’où ces quais pouvaient me rapprocher de la Place de la Concorde qui est dans ma direction pour rentrer chez moi.

En me rapprochant de ces quais, je suis tombé sur cette exposition de photos de femmes militant pour le respect des droits des femmes. Parmi ces photos, une de l’actrice Aïssa Maïga dont le discours aux Césars 2020 a pu déranger et déplaire. « Racialiste », « Embarrassant » ( https://urbantrackz.fr/videotape/cinema/le-discours-de-lactrice-aissa-maiga-aux-cesars-2020/ ).

Pour un de mes amis, le discours d’Aïssa Maïga tient plus du discours « Noiriste » de l’ancien dictateur haïtien Duvalier que de celui de la Négritude de Césaire, Senghor et Damas. Je ne suis pas de l’avis de cet ami. Lui et moi en discuterons sans doute oralement après l’épidémie.

Ces photos accrochées à cet endroit, sur les grilles de l’ancien ( depuis 2016) Tribunal de Grande Instance de Paris, ont d’autant plus de force symbolique. Et sans doute encore plus, en cette période d’épidémie, de couvre-feu et de peur. Alors, je m’arrête et prends quelques photos.

Mais comme nous sommes en plein couvre-feu et que nous sommes incités à rentrer chez nous le plus rapidement possible et à limiter nos déplacements, je n’ai pas envie de passer pour un provocateur et un irresponsable en prenant le temps de faire des photos. D’autant que derrière les grilles du Tribunal de Grande Instance, même si on ne les voit pas, il y a des policiers. Alors, je ne traîne pas.

Les quais que je voulais emprunter sont interdits d’accès m’indique un employé en chasuble des pieds à la tête. Il porte un masque sur le visage. Et semble un peu agacé par mon comportement. Je m’exécute. Je repars par où je suis venu.

Les contrôles policiers ? Je croise plusieurs fois des policiers en rentrant ce matin. Le plus souvent, en véhicules.

Hier soir , déjà, en allant au travail en quittant le Louvre. J’allais passer devant un car de police ou de CRS stationné sur le trottoir. Je me demandais si j’allais être contrôlé. Non. A la place, un jeune homme à vélo, noir, sans casque je crois, l’a été juste avant moi.

Ce matin, je croise même deux policiers qui marchent sur le trottoir. Je les salue de la tête en passant en sens inverse à vélo. Ils répondent à mon salut. C’est quelques kilomètres plus loin que je m’avise que l’on me voit de loin. Et que je dois, pour l’instant, transpirer le mec en règle à deux cents mètres: casque, lunettes, chasuble, sac à dos de couleur voyante, lumières la nuit. Ce matin, j’ai même pris une douche au travail avant de partir. Je sens peut-être encore un peu le savon.

En me rapprochant d’Asnières par le Bd Malesherbes, je tombe à nouveau sur l’affiche du film Brooklyn Secret dont la sortie en salles a été reportée à plus tard ( https://urbantrackz.fr/videotape/cinema/brooklyn-secret-entre-trahison-et-rejet/).

Revoir à nouveau cette affiche dans ce contexte d’épidémie et de couvre-feu lui donne aussi d’autant plus de force symbolique. Ce que nous vivons actuellement peut ressembler en partie à ce que vit l’héroïne du film, interprétée par Isabel Sandoval, également réalisatrice, scénariste et monteuse du film. Comme la sortie du film a été retardée, j’ai pu prendre le temps de lire que les critiques sont bonnes envers ce film. Même Première en dit du bien. « Sublime », je crois. La critique du journaliste Sorj Chalandon dans Le Canard Enchaîné de cette semaine est également élogieuse :

Ce matin ( hier, samedi 21 mars 2020), à voir toutes ces femmes dehors, même si depuis mon départ du travail, des hommes sont
« apparus » entre-temps, je finis par me convaincre que si l’Humanité décline un jour et qu’il reste quelques survivants, il y aura assurément une ou plusieurs femmes parmi eux. L’émission Koh-Lantah nous dit peut-être cette vérité :

Si dans notre société et dans notre monde, les femmes sont encore autant reléguées au fond de la classe des postes de décision, c’est peut- être parce-que, dans l’Histoire, elles ont plein de fois supplanté- devancé- les hommes et que le cerveau reptilien de ceux-ci s’en souviennent.

Alors que je pédale, je me dis que j’ai un peu changé ces derniers temps. Je suis peut-être en train de devenir une femme. Il faudra que je m’examine.

( Ps : Hier soir vers 22h, une collègue m’a appris que le jeune récemment hospitalisé dans notre service que l’on pensait peut-être positif après avoir été en contact avec une personne porteuse du coronavirus civid-19  va bien et est négatif. Cette nouvelle est rassurante. Mais il convient de rester prudent.

Un article dans le journal allemand Der Spiegel informe qu’en Allemagne le déplacement à vélo est préconisé en matière de prévention sanitaire vis-à-vis du coronavirus Covid-19. Merci à ma compagne pour m’avoir fait connaître cet article).

Franck Unimon, dimanche 22 mars 2020.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here