Depuis quelques temps, on squattait le Back Up en désespoir de cause. Mon comportement, mon état d’esprit de l’époque me fait aujourd’hui un peu honte. On partait clairement en soirée pour rencontrer ce qu’on appelait « des meufs ».

 Mais ces soirées étaient épiques justement parce que on était aussi démembré mentalement qu’une bande de croisées sanguinaires parties à la conquête du croissant turque. Finalement avec le temps ce ne sont pas des histoires de « meufs » qui nous restent mais des histoires de potes. Ces images loufoques, ces épisodes burlesques, forment un passé noir que tu ne racontes jamais. Puis certains soirs lorsqu’on se retrouve dans une soirée dans d’autres circonstances, on se souvient de ces égarements. Et on en rit.

Donc L. que je venais de rencontrer était élève à Montaigne, un mauvais lycée de gosses de riche du centre de Paris. Il connaissait un mec qui connaissait un mec qui connaissait une meuf RP au Backup. On partait sur nos 18 ans, le Rex Club, le Gibus, et l’OPA c’étaient pas pour tout de suite.

J

A mes 15 ans, j’avais une expérience traumatisante au Menphis. J’étais habillé avec un costume que j’avais trouvé chez moi, je m’étais fait sévèrement recale à l’entrée. Le videur, connard de Babtou à lunette m’avait fait savoir que j’étais trop jeune pour fumer correctement, et que je crapotais. Mon pote de 3 ans mon aîné avait sorti sa carte d’identité comme un trophée et lui avait pointé dans la tête avec sa déclamation si célèbre : « Et ça c’est un pins » (oui le pins à l’époque c’était quelque chose).

On avait fini sur les rames du métro avec une « meuf » qui devait nous servir à rentrer, et ce S m’avait glissé : « Bon ben 200 Frf aux frais de la princesse ». La princesse c’était son père, psychiatre de profession, « Scarlett O’hara » de surnom, qui passait le plus clair de son temps à entrer dans la chambre de son fils, et à sortir en claquant la porte. Le notable qui vivait dans « un pavillon » à Bel Air était très bon psychiatre mais très mauvais parent. Eh oui aucunes paroles vraiment censées n’ont jamais convaincu un con. Et un gosse de 16 ans bah c’est très con.

Bon le BackUp donc..  Ce L. pouvait nous sortir des bouteilles à 350 Frf. Je n’ai jamais su si je me faisais douiller sur les bouteille car des bouteilles t’en poses à 16 ans ou quand tu vis dans le 16. Et je n’y habite toujours pas. Alors il me propose son plan. Et on rameute la meute. 6 mecs complètement frustrés dont l’objectif principal dans la vie est « de serrer des meufs ». Bien entendu, comme tout bon missionnaire, tout ce qu’il arriver à serrer c’est des mains, et fumer des joints de temps à autre devant un épisode des Soprano.

Sincèrement nos soirées me faisaient peur. La première fois que M, le mec qui m’a présenté L, m’a ramené dans son célèbre squat M…é, j’ai vu 15 mecs. Sidérant !

Donc on tente de rameuter la meute. En début de semaine, tout le monde accepte. Puis au fil des jours, les 50 Frf commencent à effrayer. Au fur et à mesure des désistements, la somme s’allonge encore plus. Et on se retrouve à 2. Alors L. me propose d’y aller quand même. Il me fait miroiter la soirée parfaite avec des « meufs » de partout, du sexe, et pourquoi pas finir dans un jacuzzi avec Will Smith à Miami. Idiot, et naïf, je suis pris de frénésie, et je sais pas pourquoi je me vois déjà sur Hollywood Boulevard. Alors je plonge.

On se rejoint chez lui. L. est polonais, il dégoupille une bouteille de Vodka. On la termine à deux. Mon état d’ébriété est déjà au max. Je me suis ramené chez lui habiller en noir (et oui comme d’hab) mais avec une chemise noire avec une tête de rasta sur le dos. Il se marre et me donne une chemise bleue Burberry. Eh oui il est classe. Lui je ne sais pas trop ce qui lui prend, mais il met une sorte de combinaison orange sur le haut. Bon on verra.

On arrive devant la boite. A côté de la jeunesse très dorée qui squatte ici, on a l’air de deux portiers. Donc tout le monde interpelle le videur : « Jérôme par ci Jérôme par-là ». Alors bon on l’interpelle aussi. La première fois, le mec nous répond : « désolé c’est que pour les habitués ». Donc on « Jérôme on a une bouteille ». Là il nous fait rentrer. Arrivée à l’intérieur, L. trop bourré se rend compte qu’il n’a pas ramené sa carte. Et moi je n’ai pas 350 Frf sur moi. Tu me connais je suis négociateur. Alors on trouve un petit mec dans les travées qui mènent à la caisse et on lui a vendu des verres sur notre Bouteille. Il croyait qu’il faisait une bonne affaire le pauvre ou il croyait qu’il se faisait racketter.

Quand tu es typé arabe il t’arrive des trucs compliqués. J’avais 16 ans, et je squattais avec un pote à côté du lycée. Notre grande mode c’était de porter des survêtements et de se raser le crâne. Tout le monde à cette époque voulait devenir une « caillera ». Mais personne ne voulait rencontrer des « vrais cailleras ». Il nous manquait genre 10 centimes pour acheter un paquet. N. a accosté un mec de notre âge dans la rue pour lui demander 10 c. Il lui a donné un billet de 20 frf. J’étais mort de rire. Je lui ai dit de lui rendre, il l’a gardé. On a parasité le travail des « caillera ».

Plus compliqué, je sors toujours en soirée (aujourd’hui), sans forcément « partir à la chasse au meufs ». Je suis assez sociable et je parle un peu à tout le monde dans mon lieu de discut préféré « le fumoir » Et donc à chaque fois en festival, ou en club, il y a toujours un connard qui vient vers moi comme on lève son doigt devant une maîtresse et qui me dit : « Tu vends quelque chose ? ». Moi je réponds toujours : « Alors parce que j’ai une tête d’arabe que tu demandes ça ». Et là déjà que le mec avançait timidement, il se tord en excuse pour me dire qu’il n’est pas raciste et que sa femme de ménage est arabe. Va comprendre.

Conclusion ce mec nous donne de l’argent. On rentre et on se pose. Pfff olalala on est aussi à l’aise que deux serbes dans une soirée bosniaque. Et ça se voit. On regarde la piste. On tente des « épaules » tu vois quand tu bouges juste les bras. Non c’est la loose totale.

 Positive attitude, je me lève après 30 minutes de Dance quand passe « California Love ». Avec mon statut de rebeu de service c’est une obligation. Et L. me fait comprendre que si on se lève on perd la table. Optimiste je lui dis que non. On se lève. La bouteille est à moitié pleine. Le serveur s’approche dangereusement. Je retourne à la table tandis que le DJ Touche le fond en balançant un titre du Hermes House Band. Oui I Will Survive. Donc on se dépêche de finir la bouteille. C’est fait je suis défait. Malheureusement on a plus peur de rien. Je me lève sur le « World Hold On » de Bob Sinclaar. Je suis tellement ivre que j’ai l’impression de faire un DJ Set de Dj Premier. La musique de Sinclaar me transperce. Je regarde L., il a l’air heureux, il kiffe le son. Incroyable lui qui bouffe de la Drum n Bass à longueur de journée et moi qui écoute du Rap US (t’as vu !) c’est notre fin morale. Puis on redescend, et là on rend compte qu’on a plus de table.

J’ai toujours peur de rien. Alors je tente de m’incruster quelque part. Je n’ai pas un physique de blonde, ni de bombe latine, encore moins de stars de chichas, donc je retourne sur la piste. Et là plus de trace de L. Je cherche, rien. Alors dans ma folie j’imagine qu’il a rencontré Catherine Zeta Jones et qu’il s’est envolé à Miami. Puis j’entends « les habitués dont Jérome nous parlait à l’entrée » faire des « Tut tut tut tut » en cœur. Je tente de parler à une nana. On finit par s’embrasser. Je me dis que je suis le plus gros beau gosse de la terre. Puis elle me demande l’heure. Je lui réponds que je n’aime pas les montres et elle se barre. Deux minutes après elle embrasse un autre mec. Bon je me dis que je peux rentrer.

J’ai oublié son prénom, je pense qu’elle ne me l’a jamais donné en fait. Alors je me dis qu’elle m’a donné ni son corps ni son prénom ni même de l’attention. Je me rassure en me disant que dans le noir elle était peut être très belle, mais qu’en fait elle doit être trop laide. Le genre de trucs horribles que tu te dis quand à peine 18 ans et que ton expérience des relations est aussi développée que tes prétentions intellectuelles. Donc je sors.

Je comprends le L. Le mec habite dans le 14 ème donc à 30 minutes à pieds. Moi j’habite à l’autre bout de Paris à Bastille. Et j’ai plus un centime, on a tout mis dans la bouteille. Il y a une bande de kisde à l’entrée de la boite. Je m’approche, je fais mon regard de bambi (en plus je suis tout petit) et je demande : « C’est loin Bastille ? ». Trois d’entre eux pensent déjà à me fouiller au corps, le plus cool me dit : « c’est de ce côté-là mais c’est loin ». Et là sous l’effet de l’alcool ou je ne sais pas moi je dis : « Vous pouvez me raccompagnez vite fait ? ». Le « vite fait » vraiment c’était la cerise sur le gâteau. Ils ont éclaté en sanglot littéralement et l’un d’entre eux m’a dit : « On est pas Taxi Monsieur ». Donc j’ai marché longtemps, très longtemps, très longtemps, Je suis rentré, mon père affalé sur le canapé lisait « Sous le règne de Bone » de Russel Banks, un livre que je lui ai tapé et que tout le monde a lu dans le groupe. Je me suis fait des sandwichs de nouilles et de Kinder délice. Va comprendre !

Quelques jours plus tard, je suis à la Fac. Ça m’arrivait de temps en temps quand je me faisais chier. Je parle à une nana assez cool sans trop d’arrière-pensée. Je ne pratique pas la drague sur mon lieu de scolarité sauf en cas de disette. Et … je n’y allais pas trop souvent. Et la nana me dit : « tu es un pote de L. ». Je lui réponds : « Comment tu sais ça ? », elle rétorque : « Je le connais et là vous parlez tous de la même manière ». Voilà comment je me suis décidé à un peu diversifier mon cercle.

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