Kery James : l’histoire de son embrouille à Générations FM
En avril 2009, alors que Kery James vient de sortir l’album Réel, une altercation éclate dans les locaux de Générations 88.2 avec le rappeur Black V-Ner. Un épisode presque troublant lorsqu’on le remet en…

Dans cet article
En avril 2009, alors que Kery James vient de sortir l’album Réel, une altercation éclate dans les locaux de Générations 88.2 avec le rappeur Black V-Ner. Un épisode presque troublant lorsqu’on le remet en perspective avec « Lettre à mon public », morceau dans lequel Kery James évoquait précisément ses contradictions et sa propre « part d’ombre ».
Kery James a toujours occupé une position particulière dans le rap français. Celle d’un artiste capable de mêler engagement politique, spiritualité et introspection, sans pour autant chercher à se présenter comme irréprochable. Sur Réel, sorti en avril 2009, cette contradiction devient même l’un des fils rouges de son discours.
Dans « Lettre à mon public », le rappeur s’adresse directement à ceux qui l’admirent. Il y reconnaît ses propres limites et décrit une lutte permanente entre la sagesse qu’il tente d’incarner et une facette beaucoup plus sombre de sa personnalité. Une confession qui prend une dimension particulière lorsqu’on la replace dans les événements qui entourent la sortie du disque.
Une embrouille en direct de Générations
Le 27 avril 2009, jour de la sortie de Réel, Kery James est présent dans les studios de Générations 88.2. Durant son passage à la radio, il évoque notamment un différend financier avec Black V-Ner, artiste avec lequel il avait travaillé autour du morceau « Foolek », présent sur À l’ombre du show business.
Le conflit entre les deux hommes avait déjà débordé publiquement. Black V-Ner avait diffusé une vidéo dans laquelle il attaquait violemment Kery James verbalement. Ce dernier se rend finalement dans les locaux de Générations, où la confrontation entre les deux camps dégénère en altercation physique.
L’affaire dépasse rapidement le cadre du clash entre rappeurs. Kery James et deux hommes qui l’accompagnaient sont placés en garde à vue puis poursuivis pour violences avec arme. La presse de l’époque rapporte notamment l’utilisation d’un poing américain au cours de l’affrontement.
Quelques mois plus tard, Kery James est condamné à dix mois de prison avec sursis et 2 000 euros d’amende.
Réel, un titre qui prenait soudain un autre sens
Ce qui rend aujourd’hui la séquence particulièrement marquante, c’est sa proximité avec le contenu de l’album.
Kery James ne promet pas dans Réel d’être un modèle parfait. Il expose au contraire ses contradictions. Dans « Lettre à mon public », il admet notamment avoir une « part d’ombre », formule autour de laquelle tourne la vidéo qui accompagne cette histoire.
Quelques jours seulement autour de la sortie du disque, cette dualité quittait brutalement le domaine de l’écriture pour rejoindre la réalité.
Le contraste est d’autant plus puissant que Kery James est alors devenu l’une des principales figures du rap conscient français. Après Ideal J et la Mafia K’1 Fry, sa carrière solo l’a installé comme un auteur particulièrement respecté, dont les textes parlent de responsabilité, de société, de violence et de transmission.
Mais l’artiste n’a jamais complètement effacé de son discours la violence du milieu dont il est issu. Il l’a souvent présentée comme quelque chose qu’il cherche à maîtriser plutôt qu’à nier.
L’un des épisodes les plus paradoxaux de sa carrière
Avec le recul, l’affaire Générations apparaît ainsi comme un épisode particulièrement paradoxal dans la trajectoire de Kery James.
Au moment même où il livre l’un de ses projets les plus introspectifs et parle ouvertement de ses propres contradictions, un conflit personnel le ramène précisément vers cette violence qu’il décrit dans ses textes.
Ce n’est d’ailleurs pas un détail dans la trajectoire de Réel. Le disque comprend également « Lettre à mon public », morceau dans lequel Kery James annonce son besoin de prendre du recul. Quelques mois plus tard, il expliquera vouloir s’éloigner temporairement du rap et de la France.
Plus de quinze ans après les faits, cette histoire reste surtout un exemple étonnant de la proximité qui peut parfois exister entre l’écriture d’un artiste et ce qui se déroule autour de lui.
Chez Kery James, la « part d’ombre » n’était pas seulement une figure de style.
