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Himra : de la Côte d’Ivoire à la conquête du rap français

Avec YOUP*RN, Himra vient de franchir une nouvelle étape. Le rappeur ivoirien a placé son clip en tête des tendances YouTube en France et au Canada, quelques semaines seulement après avoir accéléré son implantation…

Himra : de la Côte d’Ivoire à la conquête du rap français

Dans cet article

Relations documentées

Avec YOUP*RN, Himra vient de franchir une nouvelle étape. Le rappeur ivoirien a placé son clip en tête des tendances YouTube en France et au Canada, quelques semaines seulement après avoir accéléré son implantation française aux côtés de Gazo, La Fouine ou Leto. Mais cette fois, aucun rappeur français ne lui sert de passeport. Pendant qu’il occupe simultanément les dix premières places d’Apple Music en Côte d’Ivoire, Himra commence à transformer une domination nationale en phénomène francophone.

Il faut être précis sur les mots. Himra n’est pas numéro un du Top Singles français. Il n’est pas non plus numéro un de Spotify France. Mais le signal reste spectaculaire.

Mis en ligne dans la nuit du 16 au 17 septembre 2026, YOUP*RN s’est hissé à la première place des tendances YouTube en France et au Canada. Le titre est également apparu dans les tendances marocaines.

Selon les relevés publiés par BeNews, la vidéo affichait déjà près de 600 000 vues au moment où elle occupait la première place française.

Pris isolément, un classement de tendances reste un indicateur imparfait. Mais replacé dans la trajectoire récente de Himra, il raconte quelque chose de plus important : le rappeur n’est plus seulement en train d’exporter son succès ivoirien. Il commence à construire une audience capable de suivre ses morceaux au-delà de son marché d’origine.

Avant la France, Himra a d’abord conquis la Côte d’Ivoire

L’histoire ne commence évidemment pas avec YOUP*RN.

Depuis plusieurs années, Himra développe une version très personnelle de la drill, suffisamment identifiable pour que l’expression « drill ivoire » soit progressivement devenue indissociable de son nom.

Son implantation locale atteint aujourd’hui des proportions difficiles à ignorer. Dans le classement Apple Music Côte d’Ivoire relevé pour la semaine du 22 septembre 2026, Himra occupe, seul ou en collaboration, les dix premières positions.

DJOROBITE est premier. Derrière apparaissent BIRDMAN & WEEZY, PLUS DE LOVE, STRIP avec Gazo, CANALISER, BARA BARA, BITCH & MONEY, NAIGAIDJAN, ANXIETE et KABA.

Le premier morceau du classement auquel Himra ne participe pas n’arrive qu’à la onzième position.

Autrement dit, avant de parler de conquête française, il faut comprendre que Himra dispose déjà d’un marché domestique extrêmement puissant.

La drill comme point de rupture

Cette domination ne s’est pourtant pas construite en essayant de fabriquer une musique volontairement consensuelle.

Invité face à Juliette Fievet dans Légendes Urbaines, Himra est revenu sur la place déterminante prise par la drill dans son parcours. Avant de trouver cette direction artistique, son entourage pouvait l’encourager à produire des morceaux plus ouverts et plus accessibles.

La découverte de la drill produit l’effet inverse.

Elle lui permet de retrouver quelque chose qui ressemble aux sensations de ses débuts dans le rap : une musique plus brute, plus directe et profondément street. Parmi les références qu’il cite figurent notamment La Fouine, avec Reste en chien, mais également Booba.

Ce retour à une musique plus radicale n’empêche pourtant pas Himra de penser très précisément l’efficacité populaire d’un morceau.

Dans cet entretien, il défend une conception assez pragmatique du hit : lorsqu’un morceau doit toucher beaucoup de monde, son idée doit pouvoir être comprise immédiatement. Les phrases doivent rester accessibles et les formules suffisamment fortes pour être mémorisées rapidement. Les morceaux plus techniques peuvent exister, mais ils répondent selon lui à une autre logique.

C’est probablement l’une des clés du phénomène Himra : une musique qui revendique sa radicalité tout en réfléchissant constamment à son efficacité.

SORRY I’M BAD : l’offensive française

Le véritable changement d’échelle intervient avec SORRY I’M BAD, sorti le 29 mai 2026.

Le projet compte 17 morceaux et fonctionne presque comme une déclaration d’intention internationale.

Himra y invite Gazo sur STRIP, ElGrandeToto et La Fouine sur ANXIETE, Leto sur YOUNG RICH PAPI, le Britannique M24 sur NO FIFA, ainsi que BabyDaiz et Zlatan sur BITCH & MONEY.

Le casting dessine déjà une géographie : Abidjan ne regarde plus uniquement vers Paris. Himra connecte son univers à la France, au Maroc, au Nigeria et au Royaume-Uni.

Gazo comme passerelle vers la France

La collaboration avec Gazo était probablement la plus évidente symboliquement.

En août, UrbanTrackz revenait déjà sur leur rencontre autour de STRIP. Le morceau réunissait deux artistes qui ont, chacun dans leur scène, participé à rendre la drill accessible à un public beaucoup plus large.

D’un côté, Gazo et l’explosion de la drill française. De l’autre, Himra et la construction progressive d’une véritable identité autour de la drill ivoire.

HIMRA X @GAZO - STRIP (Clip Officiel)

La rencontre était donc presque naturelle. Mais elle avait également une fonction stratégique évidente : associer Himra à l’un des visages les plus identifiables du rap français contemporain au moment où l’Ivoirien accélère son implantation dans l’Hexagone.

La version anglaise de Hellsinky avait d’ailleurs abordé STRIP sous cet angle : celui d’une drill ivoirienne commençant à traverser le marché français.

Avec YOUP*RN, le passeport français disparaît

C’est précisément ce qui rend le succès de YOUP*RN plus intéressant que les chiffres eux-mêmes.

Il n’y a ni Gazo, ni Leto, ni La Fouine.

Cette fois, Himra traverse seul.

Le morceau arrive après une série de clips qui montrent d’ailleurs une cadence de sortie particulièrement élevée. CANALISER est mis en ligne fin juillet, suivi de PLUS DE LOVE en août puis de NAIGAIDJAN le 4 septembre, avant YOUP*RN moins de deux semaines plus tard.

HIMRA - NAIGAIDJAN (CLIP OFFICIEL)

Cette succession entretient une présence presque permanente autour du projet. Les morceaux de SORRY I’M BAD ne sont plus seulement les pistes d’un album sorti en mai : ils continuent à acquérir leur propre existence visuelle plusieurs mois après sa sortie.

Le paradoxe YouTube

Mais l’histoire de YOUP*RN comporte un paradoxe particulièrement révélateur.

Au moment même où Himra devient capable d’atteindre la première place des tendances YouTube en France et au Canada, le rappeur interpelle publiquement la plateforme sur l’absence de monétisation standard pour les créateurs installés en Côte d’Ivoire.

Comme l’a relevé BeNews, la Côte d’Ivoire ne figure toujours pas, au 16 septembre 2026, dans la liste des territoires donnant accès au Programme Partenaire YouTube, contrairement notamment au Ghana, au Nigeria ou au Sénégal.

Himra résume sa frustration beaucoup plus directement :

« Je suis numéro 1 sur YouTube, je veux mon djai. »

La formule dépasse son propre cas.

Un artiste basé en Côte d’Ivoire peut aujourd’hui produire une vidéo capable de générer suffisamment d’attention pour apparaître tout en haut des tendances françaises et canadiennes, tandis que l’écosystème numérique de son pays ne dispose toujours pas des mêmes mécanismes standards de rémunération proposés par YouTube dans d’autres territoires.

Il ne faut pas établir de lien artificiel entre les deux événements. Le succès de YOUP*RN n’est évidemment pas provoqué par la revendication de Himra. Mais leur proximité dans le temps met en lumière une contradiction économique de plus en plus visible à mesure que les scènes africaines francophones gagnent une audience internationale.

De phénomène ivoirien à artiste francophone

Pendant longtemps, l’histoire des artistes africains cherchant à toucher le marché français passait presque nécessairement par une validation extérieure : une signature, un featuring français, une radio, un média ou une collaboration capable de servir de passerelle.

Himra a lui-même utilisé une partie de ces leviers.

SORRY I’M BAD multiplie les connexions internationales. STRIP associe son nom à Gazo. La Fouine, Leto, M24 ou ElGrandeToto élargissent encore le réseau autour du disque.

Mais YOUP*RN suggère que cette phase pourrait progressivement laisser place à une autre.

Himra ne vient plus seulement chercher une audience française à travers des collaborations. Une partie de cette audience commence désormais à venir directement vers lui.

Le phénomène reste à mesurer dans la durée. Une première place dans les tendances YouTube n’équivaut ni à une certification ni à une installation définitive sur le marché français. Mais combinée à sa domination actuelle sur Apple Music Côte d’Ivoire, à la circulation internationale de ses clips et au réseau construit autour de SORRY I’M BAD, elle constitue un signal supplémentaire.

Le rap ivoirien n’a peut-être plus besoin d’attendre que la France vienne le chercher.

Avec Himra, il commence à frapper directement à sa porte.

À suivre

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